En arabe et en français, elle chante la liberté. Au rythme de son Algérie natale tout comme au son des cuillères néo-trad de ses nouveaux amis québécois. Les rêves de Lynda Thalie ont trouvé un pays.
En 2007, une tournée est prévue au Maghreb et au Moyen-Orient avec le soutien de l’association humanitaire néerlandaise Music in Me, qui organise des activités musicales dans les pays touchés par la guerre et la pauvreté. Ce sera l’occasion, pour Lynda Thalie, de donner ses premiers concerts à Paris et à Amsterdam. Un album en anglais n’est pas non plus exclu, pour conquérir le marché nord-américain.
Elle a pour elle son tempérament bien trempé. Charme, talent, charisme, détermination, courage, capacité de travail, discipline, maturité sont les termes les plus employés pour la définir. Elle sait mêler l’émotion et la drôlerie. En concert, elle évoque son arrivée au Québec, à la fois chagrine et chargée d’espoir. «C’était la première fois que je voyais les lumières de Montréal. Ah! les lettres rouges de Farine Five Roses!»
On la reconnaît dans la rue. «J’adore ça!» avoue-t-elle avec un large sourire. Elle cultive sa célébrité naissante. «Je réponds systématiquement à tous les courriels.»
Dans le fond, pourtant, Lynda Thalie reste secrète. «Personne ne peut l’aider dans sa loge, durant ce moment particulier qui précède un concert: elle s’habille et se maquille seule. Elle est très pudique», explique sa tante Amina. L’artiste préserve sa famille des indiscrétions journalistiques. Elle a ainsi conservé son prénom et choisi un patronyme inspiré du nom de la muse de la comédie dans la mythologie grecque, Thalie.
La famille tient un rôle essentiel dans sa vie. Il faut dire qu’à cinq ans Lynda montrait déjà des dispositions pour la musique et le chant. «Elle avait l’oreille très juste, elle pleurait lorsqu’on faussait en chantant! Et elle répétait des chorégraphies devant le miroir, les concluait par des révérences», se rappelle sa tante Amina. L’abandon du foyer familial par un père qu’elle n’a pas revu depuis ses 10 ans est une plaie «encore à guérir», reconnaît la jeune femme. Pour le reste, bouche cousue.
Lynda ne cultive guère les souvenirs d’enfance. «Ma mémoire s’éveille à Montréal. J’étais heureuse de faire table rase.» Sauf la très emblématique Grande Poste et les rues principales, Alger lui est devenu une ville étrangère. Elle ne connaît pas le travail des artistes algériens. «Nous ne sommes pas restés avec la tête en Algérie. Nous ne sommes pas intégrés dans un cercle d’amis algériens. Nous nous sommes vraiment installés ici», tranche sa tante Amina. Mais le pays d’origine de Lynda Thalie vit profondément en elle et se manifeste, parfois douloureusement, lorsqu’elle écrit ses textes. «Pour sortir le meilleur, il faut à un moment sortir le pire; ainsi va la vie, ainsi va l’humain», dit l’auteure-compositrice.
«Après Lynda, tout est possible, s’enflamme François Bugingo. Avec son charme, sa sensualité, sa douceur, Lynda est un bras d’honneur à l’extrémisme et aux idées reçues.» Le journaliste cite le succès du spectacle Arabe et cochonne, de l’humoriste d’origine tunisienne Nabila Ben Youssef, installée au Québec depuis 1996 et qui se produit régulièrement depuis 2003. On songe à Khalida Azzouza, qui chante en français, anglais, espagnol, berbère et arabe, et qui reconnaît volontiers que Lynda Thalie a ouvert les portes. Reprenant des classiques de Léo Ferré, de Leonard Cohen, ou encore des deux étoiles libanaises Marcel Khalifé et Fayrouz, Khalida prépare actuellement un album lui aussi très métissé. Lynda Thalie aura ainsi donné le coup d’envoi d’une vague musicale néo-québécoise bien prometteuse.


