Le sexe, le tabac, le jeu, l'alcool, les armes: les «fonds du vice» ont le vent dans les voiles. L'immoralité, ça rapporte, peu importe le climat économique.
L’alcool, le jeu, le tabac, les armes, le sexe. Le Vice Fund porte bien son nom! Lancé aux États-Unis en 2002, ce fonds commun de placement investit exclusivement dans les titres d’entreprises actives dans ces secteurs. Il accueille à bras ouverts les laissés-pour-compte des fonds éthiques: les Altria Group (propriétaire, entre autres, du cigarettier Philip Morris), MGM Mirage (casinos) et autres Anheuser-Busch (qui produit la Budweiser, notamment). Parce que même en période de récession — et peut-être davantage encore quand tout va mal — les gens fument, boivent et jouent aux machines à sous! Autrement dit, ce fonds rapporte.
Avec un rendement annuel moyen de près de 18% depuis 2002, le Vice Fund a de quoi titiller l’intérêt de plus d’un investisseur. Le diable vous tente? Vous devrez oublier ce fonds américain, qui n’a pas déposé de prospectus d’émission au Canada. Mais vous pouvez tout de même vous constituer un portefeuille qui ne fait pas dans le politiquement correct.
«La rentabilité ajustée au risque — la performance financière des “actions du péché” — est de 2% à 4% plus élevée que celle des autres actions», dit Marcin Kacperczyk, professeur adjoint de finances à la Sauder School of Business (Université de la Colombie-Britannique).
Carter D. Crum, associé de Nollenberger Capital Partners, une société de courtage américaine, souligne de son côté que, depuis 2004, les performances des secteurs de l’alcool, du tabac, du jeu et des armes battent l’indice Standard & Poor’s 500 (S&P 500).
Investir dans les fonds du vice sera-t-il payant en 2007? Il semble que oui. Mais il faudra peut-être regarder du côté des pays émergents, qui commencent à goûter aux «plaisirs défendus».
Le tabac
Les fabricants sont inondés de poursuites. Cela ne doit pas effrayer les investisseurs, selon Caroline Waxler, auteure du livre Stocking Up on Sin: How to Crush the Market With Vice-Based Investing (miser sur le péché: comment battre le marché en investissant dans le vice, John Wiley & Sons, 2004). Dans son ouvrage, la journaliste financière révèle qu’entre 1996 et 2003 les fabricants de cigarettes ont gagné 75% de leurs batailles juridiques aux États-Unis. Ce qui n’a pas empêché l’industrie de connaître de bons rendements, d’après Carter D. Crum, qui a participé à la rédaction de l’ouvrage de Caroline Waxler.
La taxation est un autre ennemi de l’industrie de la cigarette. Carter D. Crum souligne que plusieurs États américains, comme la Californie, ont récemment voté en défaveur d’une hausse de taxes. Une bonne nouvelle pour les cigarettiers, selon lui.
C’est que des taxes plus élevées entraînent un accroissement de la contrebande, ce qui nuit aux ventes des entreprises, d’après Jean-François Tardif, gestionnaire de portefeuille principal chez Sprott Asset Management. Au Canada, ce commerce illicite serait en hausse. Avec les lois antitabac, l’industrie canadienne a du pain sur la planche. «Le secteur est en décroissance. Les gens fument de moins en moins», dit Jean-François Tardif. Selon lui, cette diminution des ventes touchera prochainement la canadienne Rothmans, dont le titre a tout de même fait bonne figure au cours des cinq dernières années. Il vaut donc mieux investir dans des entreprises présentes dans les pays émergents, comme la Chine et la Russie, où le tabagisme est en expansion.
• L’action de l’américaine Altria Group (Philip Morris) a augmenté de 136,15% depuis cinq ans.


