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L'école de tous les dieux

1 Février 2007

En 2008, tous les élèves du Québec plongeront dans le monde des kirpans, du voile et de la torah dans le cadre d'un programme révolutionnaire déjà testé discrètement dans quelques classes. L'actualité a eu accès à l'une d'elles…

L’école Saint-Jean-Baptiste, dans la Haute-Ville de Québec, n’entretient plus que des relations de bon voisinage avec la religion catholique. La petite école primaire publique de la rue Saint-Jean loge toujours en face de l’église de la paroisse, un des joyaux du patrimoine religieux du Québec. Mais dans les classes, on ne parle plus seulement de Jésus: Mahomet, Bouddha et Guru Nanak, le fondateur du sikhisme, sont aussi à l’étude. Car derrière les murs de briques, dans la plus grande discrétion, des enseignants testent depuis septembre dernier un programme révolutionnaire, qui va bouleverser tout ce qui s’enseigne depuis 400 ans au Québec en matière de religion!

La rentrée 2008 fera date dans l’histoire du Québec: pour la première fois, l’école québécoise deviendra officiellement laïque, et n’offrira plus aucun enseignement confessionnel. Un nouveau programme, intitulé «Éthique et culture religieuse», sera toutefois obligatoire pour tous, de la première année du primaire à la dernière du secondaire.

L’objectif est ambitieux: éveiller les élèves à la diversité des religions, sans leur en enseigner les préceptes, tout en les incitant à se questionner sur eux-mêmes et les autres. Beau défi! Mais c’est aussi un compromis, qui permet de ne pas évacuer complètement la religion de l’école… Et qui n’est pas sans toucher de multiples sensibilités.

Depuis septembre 2006, huit écoles du Québec — cinq du primaire, dont une école privée juive de Montréal, et trois du secondaire — testent une première ébauche du cours. Pour éviter des remous comme ceux suscités, à la fin des années 1990, par le débat sur la déconfessionnalisation des écoles, le ministère de l’Éducation travaille dans l’ombre. On ne connaît encore que les grandes lignes du programme. Le Ministère refuse d’expliquer dans le détail comment on a choisi les religions à l’étude, encore moins de révéler ce qu’on en dira. Ou même de divulguer la liste des écoles qui l’expérimentent. Mais comme le hasard veut que mon fils soit inscrit dans l’une d’elles, maman la journaliste a réussi à en savoir plus!

Le jour de la rentrée, quand Lyse-Diane Laflamme, directrice de l’école Saint-Jean-Baptiste, a annoncé à tous les parents, classe après classe, la fin des cours de morale et de l’enseignement confessionnel, personne n’a protesté. Bon débarras, a-t-on entendu çà et là. Dans cet établissement fréquenté majoritairement par des enfants québécois de souche, et aux parents plutôt de gauche, la catéchèse n’avait déjà plus guère la cote: l’an passé, 80% des quelque 220 élèves étaient inscrits aux cours de morale, offerts comme option à la place de l’enseignement de la foi depuis la déconfessionnalisation du système scolaire, en 2000 — une proportion inverse de celle qui existe dans l’ensemble du Québec.

Après un trimestre, parents et élèves semblent emballés. «En équipe, dit Bérangère, 10 ans, on a raconté l’histoire d’Abraham avec sa femme Sarah et la servante Agar, dont il a eu un fils parce que ça ne marchait pas avec sa femme, puis sa fuite en Égypte à cause de la famine.» D’autres élèves ont planché sur Mahomet, Jésus et Bouddha. Des pays lointains, des drames, des pouvoirs surnaturels… tous les ingrédients d’une bonne histoire sont réunis, et ça plaît aux enfants.

Le volet «éthique» du nouveau programme vise à susciter des réflexions sur ce qu’il serait préférable de faire dans une situation donnée, par rapport à soi et aux autres. Sa première leçon d’éthique, Sophie Daigle, enseignante de 4e année, l’a faite lors d’une visite à la ferme, quand un élève a trouvé un mulot abandonné. Valait-il mieux le laisser là, sachant qu’il allait mourir, ou le ramener à l’école? Les enfants ont décidé qu’ils le garderaient à l’école après l’avoir laissé une fin de semaine chez celui qui l’avait trouvé… où il est mort au bout d’une journée. Dure leçon pour beaucoup.

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