Risquées, les interventions bariatriques? Oui. Mais moins que l'obésité morbide, la forme d'embonpoint qui augmente le plus rapidement au Canada.
Louis Audet déplie triomphalement son vieux jean de taille 56. Gigantesque, le vêtement flotte comme un drapeau dans le vent d’automne. Pour le gestionnaire des ventes de 40 ans, ce vêtement est la preuve tangible de sa victoire sur l’obésité. Car il faut savoir que cet homme à l’allure juvénile a déjà pesé 155 kilos (340 lb). Aujourd’hui, avec 65 kilos de moins, il pourrait se glisser dans une seule jambe de l’immense pantalon. «Sans la chirurgie, une telle perte de poids n’aurait jamais été possible», dit-il.
Pour maigrir, il avait tout essayé, les régimes comme les programmes d’exercices. Enfant, il était sportif, et pourtant, c’était lui, le gros de la classe. Il a aussi pratiqué le judo, jusqu’au jour où, alors qu’il exécutait un mouvement brusque, un de ses orteils a cédé sous son poids. À 113 kilos (250 lb), il était devenu trop lourd pour être judoka. «Mes articulations étaient en train de lâcher, dit-il. À 30 ans, je souffrais déjà de douleurs au dos, aux genoux et aux pieds.» Alors, tout comme son père, sa sœur et sa femme avant lui, il a fait appel au scalpel.
Car l’obésité est souvent une affaire de famille. Une cinquantaine de gènes y contribuent, dont plusieurs sont liés à la satiété. Les habitudes alimentaires, transmises par les parents, comptent aussi. Le père de Louis pesait 171 kilos; sa sœur, 109. Quant à sa femme, elle en pesait 122. Aujourd’hui, ses deux filles, des jumelles de 14 ans, luttent à leur tour contre l’obésité.
Contrairement à la croyance populaire, perdre du poids n’est pas qu’une question de volonté. «Le corps est conçu pour résister à la famine, explique le Dr Simon Biron, le chirurgien qui a opéré Louis. Voilà pourquoi maigrir est une entreprise difficile.»
On définit l’obésité à partir d’un indice de masse corporelle (IMC) de 30. Cet indice est établi en divisant le poids en kilos par le carré de la taille (hauteur) en mètres. À partir d’un IMC de 40, on parle d’obésité morbide, parce qu’elle entraîne dans son sillage des maladies comme le diabète, l’hypertension, les troubles cardiaques et certains cancers. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que la chirurgie bariatrique (du grec baros: poids) est le traitement le plus efficace pour les gens qui en sont atteints.
Les opérations de chirurgie bariatrique sont de trois types. Certaines réduisent le volume de l’estomac, pour diminuer la capacité de manger du patient. D’autres visent plutôt à limiter l’absorption des gras. Enfin, certaines interventions combinent les deux approches.
Louis Audet, sa sœur et sa femme ont subi une intervention mixte appelée «dérivation biliopancréatique avec gastrectomie pariétale et commutation duodénale». Un nom compliqué pour une technique mise au point, il y a 15 ans, par les Drs Simon Biron et Picard Marceau, de l’Hôpital Laval, à Québec.
On rapetisse d’abord l’estomac, pour provoquer une sensation de satiété plus précoce. Ensuite, on raccourcit l’intestin grêle des deux tiers. Puis, sur le dernier mètre de cette portion écourtée, on dérive le liquide biliopancréatique. Résultat: les aliments séjourneront moins longtemps dans l’intestin grêle, qui ainsi n’aura pas le temps d’absorber les graisses. Dans les 18 mois qui suivent l’opération, le patient perd en moyenne 75% de son excès de poids.


