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Les tissus-chocs


10 Mai 2007

Loin d'être à l'agonie en cette ère de mondialisation des marchés, l'industrie québécoise du textile fait une percée en Chine avec ses tissus techniques, de plus en plus recherchés!

À Shanghai, capitale commerciale de la Chine, les industriels canadiens du textile font la promotion des textiles... québécois! Non, ils ne sont pas tombés sur la tête. Oui, ils savent que l’industrie textile chinoise a littéralement annihilé la leur, comme d’ailleurs celle de bien d’autres pays. Leur arme vengeresse: les textiles techniques. Et ils ont la ferme intention de vaincre leur adversaire sur son propre terrain.

Est-ce bien raisonnable? Sans aucun doute, selon Richard Cormier, vice-président des Services commerciaux du Groupe CTT, centre de transfert technologique québécois qui vient d’inaugurer un bureau de représentation à Shanghai. Avec une cinquantaine d’employés, le CTT agit à la demande des industriels ou à sa propre initiative. Il encourage aujourd’hui le développement des textiles dits techniques, qui privilégient les performances fonctionnelles, telles que la durabilité, la légèreté, la solidité, la résistance au feu ou la capacité de lutter contre les odeurs ou les microbes. Les fibres de carbone et les fibres de verre ou encore la solution pour tissus SilverClear sont des inventions de cette nouvelle industrie textile. Aux Chinois, donc, les gros travaux; aux Québécois les tissus à forte valeur ajoutée.

Les textiles techniques représentent déjà le quart de l’industrie canadienne du textile, dont le chiffre d’affaires est proche de neuf milliards de dollars (réalisé à 60 % au Québec). La moitié de la production est exportée, à 90 % vers les États-Unis. Mais le marché nord-américain, ouvert à la faveur de l’ALENA, se referme depuis quelques années sous le double effet des mesures protectionnistes mises en place par Washington et du renchérissement du dollar canadien. «Du coup, nous nous tournons vers nos marchés non traditionnels, tels que le Brésil, l’Inde et la Chine», explique Richard Cormier. Au Canada même, certaines niches peuvent être reconquises. Par exemple, la part de la lingerie et de la literie hospitalières jetables, achetées en Asie, a beaucoup progressé: blouses d’infirmières, lingettes, revêtements de lits... Pour Martin Filteau, directeur de la division Textiles du CTT, c’est un créneau à reconquérir: «Un textile antimicrobien peut être lavé et réutilisé jusqu’à 100 fois. Ce serait donc moins coûteux que d’acheter des tissus jetables.»

Serait-ce suffisant pour sauver l’industrie canadienne? Cet important gisement d’innovation et d’activité bénéficie d’une conjoncture favorable. «Les gens sont disposés à dépenser davantage aujourd’hui qu’il y a quelques années pour se protéger. Et les spécifications des produits, de plus en plus complexes, vont dans notre sens», explique Guy Bérard, vice-président au développement des affaires du CTT. Cette évolution joue dans la plupart des secteurs porteurs pour les textiles techniques: médecine et hygiène, protection industrielle, transports, sports et loisirs...

Les textiles techniques créent cependant peu d’emplois. À la faveur d’une reconversion complète de ses activités vers les matériaux composites et les vêtements de protection, JB Martin a tout juste réussi à maintenir son effectif à 45 personnes. Malgré son investissement massif dans les textiles techniques, le leader canadien, Consoltex, a fermé trois usines ces cinq dernières années, son effectif passant de 1 000 à 450 employés. Sans compter que «dès qu’on devra produire de gros volumes, on sera obligés de fabriquer en Chine!» prévoit Olivier Vermeersch, vice-président aux affaires corporatives du CTT.

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