Au Canada, certains malades ont le droit de se soigner avec du cannabis. Mais les médecins n'ont pas le droit d'en prescrire. Le pot est-il bon ou pas pour la santé ?
Un petit local anonyme, rue Rachel, à Montréal. Deux hommes pèsent des paquets de fleurs verdâtres, qu’ils glissent ensuite dans des sachets de plastique. Tout à l’heure, des clients se présenteront à la porte, à commande électronique, et prendront possession de la marchandise. Nous sommes chez un revendeur de drogue bien particulier : le Centre Compassion, où quelque 500 malades achètent du cannabis pour soulager des symptômes comme la douleur, les nausées, les spasmes musculaires. Un deuxième centre, le Club Compassion, est installé rue Papineau, à Montréal, alors que d’autres ont pignon sur rue en Ontario et en Colombie-Britannique.
Après deux années de démêlés avec la justice, le Centre Compassion fournit de la marijuana à des gens atteints de cancer, de sclérose en plaques, d’épilepsie, d’arthrite, de sida et d’autres maladies chroniques. Cette activité n’est pas légale, mais tolérée : puisque le ministère de la Santé du Canada accorde le droit à certains malades de se soigner à l’aide de cannabis, quelqu’un doit les approvisionner, tranchait, en 2002, le juge Gilles Cadieux de la Cour supérieure du Québec.
Dans les années 1970, personne n’aurait imaginé que la substance fétiche des hippies serait un jour utilisée comme médicament. Déjà, des comprimés ou des aérosols à base d’extraits de cannabis, comme le Marinol ou le Sativex, sont vendus en pharmacie. La science commence à reconnaître le potentiel thérapeutique d’une plante qui fut utilisée pendant des milliers d’années pour soigner une foule de maux. « Les découvertes sur les propriétés du cannabis ne cessent de se multiplier », affirme le Dr Pierre Beaulieu, anesthésiste et pharmacologue au CHUM.
Mais la marijuana demeure une drogue controversée. L’Association médicale canadienne s’oppose à son usage — sous forme d’herbe, du moins — à des fins médicales. Et le Collège des médecins du Québec de même que la Fédération des ordres des médecins du Canada interdisent à leurs membres d’en prescrire. On juge que les effets thérapeutiques de cette plante n’ont pas fait l’objet d’études assez poussées et que son innocuité n’a pas été démontrée.
Quant au rapport Nolin, publié en 2002 par le Comité spécial du Sénat canadien sur les drogues illicites, il affirmait que la mari, consommée de façon modérée, était moins dangereuse pour la santé que l’alcool ou le tabac. Mais il s’interrogeait du même souffle sur les risques potentiels de cette drogue pour les adolescents, dont les cerveaux seraient plus vulnérables.
Alors, qui croire ?
La marijuana n’a pas toujours été considérée comme une substance dangereuse. Jusqu’à la fin des années 1930, on en trouvait sous forme de sirop dans la plupart des pharmacies des pays occidentaux, pour traiter les nausées, la migraine et l’arthrite. La reine Victoria s’en servait pour soulager ses crampes menstruelles. En 1890, des bonbons au cannabis et au sucre d’érable étaient vendus dans les confiseries. Mais en 1942, sous la pression du Bureau américain des narcotiques, le cannabis est retiré de la pharmacopée des États-Unis : selon ses détracteurs, il engendre la toxicomanie, la psychose et la dépendance.






