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L’éden sauvé des eaux


13 Septembre 2007

Les marais du lac Saint-François sont l’une des zones écologiques les plus riches du Québec… et on a bien failli avoir leur peau !

Cette grosse roche ronde coincée entre roseaux et quenouilles paraît bien improbable au milieu de l’immense tapis végétal de la réserve nationale de faune du lac Saint-François, zébrée de canaux étroits...

En quelques coups de pagaie, le gardien Serge Bourdon approche notre rabaska de la chose, qu’il a identifiée du premier coup d’œil : c’est la carapace d’une énorme chélydre serpentine. Sous l’eau, on distingue nettement la longue queue pointue qui a donné son nom à cette tortue et le redoutable bec qui lui vaut son surnom de « tortue happante », capable de tuer d’un coup rats musqués et canetons — ou de sectionner le doigt d’un curieux. Les plus gros spécimens peuvent dépasser 20 kilos, « ce sont les alligators de nos Everglades », dit-on ici.

Depuis une trentaine d’années, le Service canadien de la faune protège ces 14 km2 de marais, enclave bordée au sud par l’État de New York et le territoire mohawk d’Akwesasne, à l’est par des terres agricoles et à l’ouest par les eaux limpides du lac Saint-François. Grâce à la douceur de son climat, la réserve abrite une diversité record de plantes et d’animaux pour le Québec, et la plus grande concentration d’espèces rares ou menacées de disparition.

Outre la chélydre serpentine et l’omniprésente tortue peinte, trois espèces de tortues menacées vivent ici : la tortue des bois, la tortue géographique et la tortue mouchetée. Pas moins de 228 espèces d’oiseaux ont été recensées sur le territoire de la réserve et 127 y nichent, dont la plus importante population de troglodytes à bec court au Québec. Le climat doux autorise aussi d’importants groupes de canards — garrots à œil d’or ou grands harles (becs-scies), par exemple — à passer l’hiver ici.

Plusieurs espèces de plantes atteignent ici leur limite nord de distribution, comme l’orme liège ou l’asclépiade très grande (Asclepias exaltata). Les immenses marais abritent une population florissante de phragmites indigènes, alors que l’espèce exotique prolifère dans la plupart des milieux humides du sud du Québec. Dans ce fouillis végétal se cache aussi l’un des derniers refuges du ginseng à cinq folioles, presque disparu de nos érablières pour cause de cueillette intensive. Au sud de la réserve, le marécage du Bois d’Enfer tire son nom d’une importante colonie de sumacs à vernis, arbustes rares dont toutes les parties sont extrêmement toxiques. Mieux vaut rester sur le trottoir de bois !

Les dizaines d’îles qui émergent des marais et les terres sèches sont tout aussi intéressantes : on y trouve six types différents de forêts jugées exceptionnelles en raison de la rareté de leur peuplement, comme l’érablière à tilleul et à hêtre de la pointe Fraser.

« Les marais du lac Saint-François sont le plus beau joyau de notre patrimoine vivant, l’équivalent de Pointe-Pelée pour l’Ontario ou des Everglades pour les États-Unis », dit André Bouchard, professeur à l’Institut de recherche en biologie végétale et ancien directeur du Jardin botanique de Montréal.

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