Monde »

Le nouveau visage de la Suède


26 Septembre 2007

La Suède abrite l’une des plus importantes proportions d’immigrants en Europe de l’Ouest ! Un secret bien gardé...

« Salâm aleïkoum ! » Les prières du vendredi viennent à peine de se terminer à la mosquée de Rösengard et des centaines de fidèles se saluent dans la bonne humeur avant de se disperser lentement dans les rues du quartier. « Quand je suis arrivé à Malmö, en 1962, il n’y avait pas plus d’une dizaine de musulmans », dit Bejzat Becirov, directeur et fondateur de la mosquée, construite en 1984 — l’une des premières à avoir vu le jour en Scandinavie. Aujourd’hui, se réjouit l’homme d’affaires d’origine macédonienne, Malmö compte plus de 60 000 fidèles de Mahomet, soit le quart de la population de cette ville cosmopolite du sud de la Suède.

Ils viennent surtout d’Iran, d’Irak, du Liban et d’autres zones ravagées par la guerre. Attirés par les politiques généreuses de la Suède à l’égard des réfugiés, ils y affluent en masse depuis quelques années, transformant le visage du pays. Fait peu connu, sur les 9 millions de Suédois, 1,2 million sont nés à l’étranger — la proportion la plus élevée d’immigrants par rapport à la population dans toute l’Europe de l’Ouest — et le pays abrite aujourd’hui 400 000 musulmans. Un bond vertigineux pour cette société de culture protestante, encore souvent perçue à l’étranger comme homogène. Réputée pour son ouverture et sa tolérance, elle n’échappe pas aux vifs débats sur l’intégration des immigrants qui secouent de nombreux pays d’Occident.

« Le modèle suédois peut paraître génial quand on l’observe en surface et qu’on s’émerveille devant la générosité de l’État envers les immigrants. Mais quand on gratte un peu, on trouve une tout autre histoire », dit Zanyar Adami, rédacteur en chef du magazine Gringo.

Ce Kurde d’origine iranienne, âgé de 28 ans, a été élevé à Hässelby, en banlieue de Stockholm. Frustré par l’image négative des immigrants que la presse généraliste véhicule, selon lui, il a fondé Gringo pour « donner une voix aux centaines de milliers de gens qui vivent dans les ghettos et n’ont jamais vraiment eu la parole ».

Avec ses espaces aux allures de loft, où trône une table de ping-pong et où les collaborateurs, en tenue décontractée, se déplacent en patins à roues alignées, la rédaction du magazine fait penser aux locaux d’une entreprise de haute technologie de la Silicon Valley. Là s’arrêtent toutefois les comparaisons. Gringo niche au troisième étage d’un petit immeuble de Skärholmen, banlieue pauvre de Stockholm où s’élèvent de multiples tours d’habitation anonymes peuplées surtout d’immigrants.

Lancé en 2004, le magazine a connu un succès quasi instantané. Le populaire quotidien gratuit Metro lui a même ouvert ses pages — jusqu’à récemment, Gringo y publiait chaque mois un cahier entier. Zanyar Adami est lui-même devenu une star médiatique, et il est fréquemment invité à commenter l’actualité à la radio ou à la télé. Il multiplie également les conférences dans les entreprises, les écoles et les organismes publics.

Le jeune rédacteur en chef voudrait se servir de sa notoriété pour redéfinir la « suédicité ». Le Suédois d’aujourd’hui, martèle-t-il partout, n’est pas forcément un blond aux yeux bleus… Il souhaite aussi modifier la perception des Suédois au sujet de l’immigration. « Ils considèrent essentiellement l’accueil des immigrants comme une œuvre humanitaire, presque un acte de charité. Et se soucient peu du talent des nouveaux arrivants, de ce qu’ils peuvent apporter à la société. »

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