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La Suède : un modèle pour le Québec ?


26 Septembre 2007

Pour certains, c’est la société qui a le mieux réussi dans l’histoire du monde. Et la Suède est encore en train de se réinventer.

Quand, aux dernières élections québécoises, L’actualité a demandé aux chefs des cinq principaux partis de dire quel pays constitue un modèle en matière d’environnement, trois ont nommé la Suède, et un quatrième, les pays scandinaves. Étonnant ? Selon un sondage CROP effectué pour ce reportage, pas moins de 70 % des Québécois qui connaissent le modèle suédois estiment que nos gouvernements devraient s’en inspirer davantage dans l’ensemble de leurs décisions !

Berceau de la social-démocratie — programmes sociaux généreux, services publics ambitieux, taux d’emploi vertigineux — et royaume de la libre entreprise — Ikea, Volvo, Saab, Ericsson —, la Suède suscite l’envie. Politiciens et chercheurs de partout sur la planète tentent de rebâtir chez eux, tel un kit à assembler d’IKEA, un pan du modèle mis au point par cette société à qui tout semble sourire. « La société qui a le mieux réussi dans l’histoire du monde », titrait récemment le quotidien britannique The Guardian.

Mais à quoi, au juste, font allusion les adeptes du modèle suédois ? Aux routes parfaitement entretenues, aux régimes de congés parentaux enviables, aux confortables prestations d’assurance-emploi, aux études universitaires gratuites ? Ou aux réformes vigoureuses qui ont entraîné, depuis une quinzaine d’années, une vague de privatisations et de rationalisations ? (Voir « Les soubresauts du modèle suédois »)

« Le gazon est toujours plus vert dans la cour du voisin », rigole Emma Stenstrom. Enseignante à la Stockholm School of Economics et chroniqueuse au quotidien économique Dagens Industri, elle entend constamment parler, dans son milieu de travail comme dans son cercle d’amis, du « modèle suédois 2.0 ». « C’est le sujet de l’heure depuis des mois, dit la professeure, qui a fait une partie de ses études doctorales à l’Université de Montréal. On cherche à redéfinir ce modèle dans beaucoup de sphères d’activité. » Et pour s’inspirer, de plus en plus de penseurs se tournent vers… le Canada ! C’est le cas, par exemple, dans les domaines du soutien à la culture et de l’immigration (voir « Le nouveau visage de la Suède »).

Cette quête de nouveaux modèles vient un peu du désenchantement de la classe moyenne. « Je suis de la première génération depuis plus de 100 ans qui se portera financièrement moins bien que ses parents, dit Emma Stenstrom. La classe moyenne avait traditionnellement les moyens de s’offrir un bateau et une résidence secondaire. Je ne vois pas comment je pourrai un jour m’offrir ça. Et les choses ne s’amélioreront pas. »

Heurtée de plein fouet par les délocalisations vers la Chine, l’Inde et d’autres pays où la main-d’œuvre est bon marché, la Suède doit faire face, comme la plupart des pays industrialisés, à un choc démographique dû au vieillissement de sa population. La proportion de travailleurs par retraité passera bientôt de quatre pour un à deux pour un. Beaucoup s’inquiètent aussi du taux élevé d’absentéisme au travail. Selon l’OCDE, les Suédois prennent en moyenne 17 semaines de congé par an — jours de congé de maladie, vacances, jours fériés et congés parentaux confondus. Selon le cabinet de consultants McKinsey, si l’on considérait l’ensemble des personnes aptes au travail vivant de diverses prestations de l’État, le taux réel de chômage atteindrait 17 % ! (Il était officiellement de 5 % en juillet.)

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