Alarmés par le climat religieux qui prédomine aux États-Unis, les 30 millions d'athées passent à l'offensive.
« Vous ne croyez pas en Dieu? Mais alors, vous n'avez pas de morale! »
Cette phrase, Bobbie Kirkhart l'a entendue des centaines de fois. Ex-enseignante, mère et grand-mère, la Californienne de 60 ans n'a pourtant pas l'air d'une envoyée du démon. Mais elle est présidente d'Atheist Alliance International... « Ce que ces gens-là disent, s'étonne-t-elle, c'est que seule la peur de l'enfer les retient d'assassiner leur prochain à coups de tournevis! C'est absurde. »
Peut-être. Mais des dizaines de millions d'Américains sont convaincus que la foi est garante de la morale. Comme ils sont convaincus que Dieu est en faveur de la peine de mort. (« Et si on exécute quelques innocents, Dieu, dans l'autre monde, réparera notre erreur », prêchent certains pasteurs en chaire...) Et comme ils croient fermement qu'il ne manque qu'une chose pour que Son règne arrive: que le peuple élu d'Israël occupe enfin sans partage la Palestine, Terre promise.
Les États-Unis ont été fondés en grande partie par des puritains fuyant les persécutions religieuses d'Europe. Le pays, 300 ans plus tard, est encore un des plus croyants d'Occident. On y recense 25% de catholiques, 25% d'évangélistes et 20% de protestants (fractionnés en une foule de confessions: presbytériens, méthodistes, épiscopaliens...).
La religion est partout. La moindre petite ville compte des dizaines d'églises; plus de 2 000 stations de radio chrétiennes, d'un bout à l'autre du pays, font passer les derniers hits du palmarès chrétien; Wal-Mart, le géant du commerce de détail, consulte les groupes religieux avant de mettre un disque ou un livre sur ses rayons.
Dans ce pays, il est encore possible d'enseigner que Dieu a créé la terre en six jours, il y a moins de 10 000 ans. Des prisons y sont tenues par des groupes religieux, et le gouvernement envisage sérieusement de confier la gestion de certains programmes sociaux (l'aide aux démunis, par exemple) aux Églises. Et tout aspirant politique a intérêt à potasser les saintes Écritures.
L'exemple vient de haut. Newsweek, dans un portrait religieux de George W. Bush - imagine-t-on, au Canada, L'actualité ou Maclean's publiant un portrait religieux de Paul Martin ?! -, a présenté un président qui, dès son réveil, fait sa demi-heure de lecture pieuse avant même d'aller servir le café à son épouse, encore au lit. Bush avoue volontiers que Jésus l'a tiré des griffes de l'alcool, sauvant du coup son mariage et sa vie de famille. Il a fait ses premières armes en politique nationale pendant la campagne de son père, alors candidat à la présidence. Son rôle: faire le lien entre son père et les hommes forts de la droite évangélique, qui était en pleine ascension.
Sous sa gouverne, la Maison-Blanche marine dans un bain religieux sans précédent. Son rédacteur de discours sort d'une université fondamentaliste, l'épouse de son chef de cabinet est ministre méthodiste, le patron de sa campagne électorale, Karl Rove, est un ultraconservateur, et sa conseillère à la sécurité nationale, Condoleezza Rice, est fille de preacher.
Mais saviez-vous qu'il y a aussi aux États-Unis 30 millions d'incroyants? Et même dans ce fertile terreau chrétien, ils croissent et se multiplient. Leur nombre aurait doublé en 10 ans, pour atteindre 15% des adultes en 2001. Ils sont donc plus nombreux que les Juifs (de cinq à six millions). Ils forment, en fait, le quatrième groupe « religieux » au pays, et celui qui croît le plus rapidement.
« Ils ont toujours existé, plus ou moins dans les mêmes proportions », dit pourtant John Green, politologue spécialisé en questions religieuses et professeur à l'Université d'Akron, en Ohio. « Mais ils se cachaient. Parce que, ici, l'athéisme suscite méfiance et même répulsion chez des dizaines de millions de gens. »






