Témoin privilégié de l'évolution de la société québécoise, l'écrivain fait une ultime réflexion: avant la politique ou l'économie, c'est du vide spirituel affligeant le Québec qu'il faut s'inquiéter.
Il y a 20 ans, le Parti québécois venait de prendre le pouvoir et Fernand Dumont parlait, dans une interview accordée à L'actualité, d'un tournant décisif pour le Québec. «On va pouvoir s'occuper de toutes sortes de choses qu'on avait laissées de côté, toutes sortes de valeurs, de champs nouveaux.»
Cet été, L'actualité a rencontré Fernand Dumont à son domicile à Québec, alors qu'à 69 ans, il livre un dur combat contre la maladie. Sans renoncer à la souveraineté du Québec, il suggère de ne pas y investir toutes nos énergies. Vingt ans après avoir mis énormément d'espoir dans le gouvernement du Parti québécois, il s'inquiète de savoir comment les deux sociétés qui composent le Québec, les francophones et «les autres», vont se réconcilier autour de valeurs communes pour «bâtir un pays». L'éducation, la langue, l'emploi sont autant de questions qui réclament notre attention. Et la crise spirituelle que traverse la société québécoise le préoccupe beaucoup. «Voilà des problèmes plus difficiles à cerner que la question du déficit ou celle de savoir ce qu'on va mettre dans le partenariat avec le Canada», dit-il.
Sociologue de réputation internationale, Dumont est l'auteur d'une dizaine d'essais et deux recueils de poèmes. Sa Genèse de la société québécoise (Boréal, 1993) lui a valu le prix France-Québec. Professeur à l'Université Laval jusqu'à tout récemment, cet indépendantiste convaincu a souvent été sollicité par les gouvernements péquistes: en 1977, René Lévesque lui demandait de participer à l'élaboration de la Charte de la langue française (le projet de loi 101) et, en 1995, Jacques Parizeau lui confiait, en collaboration avec Gilles Vigneault et Marie Laberge, la rédaction du préambule de la Loi sur la souveraineté du Québec.
On dit que la souveraineté est en «période de prolongation». Cela vous rend-il optimiste pour le Québec?
Pas tellement! Nous avons un certain nombre de problèmes urgents à régler absolument, des problèmes qui ont traîné beaucoup trop longtemps et qui vont exiger l'attention des hommes publics et des citoyens pendant quelques années encore. Il ne faut certes pas renoncer à la souveraineté, mais il ne faut pas non plus y investir toutes nos énergies. Le peuple québécois, au sens politique du terme, existe. Le Québec, quoique pas forcément selon son territoire actuel, a toujours constitué une entité politique, que ce soit la Nouvelle-France, la Province of Quebec, le Bas-Canada ou même le Canada-Est dont on parlait sous l'Union. Il y a là une entité qu'on peut qualifier, sans se tromper, de politique.
Alors pourquoi le Québec n'exerce-t-il pas tout de suite sa souveraineté?
Pourquoi pas, en effet? Mais organiser un autre référendum ne suffit pas à régler le problème de la division du Québec en deux sociétés: les francophones d'une part, les anglophones et les «autres» d'autre part. Cette division existe depuis fort longtemps. Voilà une réalité sociologique incontournable et rien ne nous assure, au contraire, qu'il va y avoir un dialogue en profondeur entre ces deux sociétés-là. Souveraineté ou pas, il s'agit d'une question fondamentale, à mon avis, et pour laquelle j'entrevois difficilement une solution...
Le mouvement souverainiste n'a-t-il pas tendance à s'élargir de plus en plus?






