Le scandale de l'école Charlemagne soulève des interrogations sur le système de correction des examens nationaux, bien moins sûr que dans d'autres pays. Faut-il resserrer les contrôles?
C'est une petite affaire Enron dans le monde de l'éducation au Québec. Le collège privé Charlemagne, à Pierrefonds, dans l'ouest de l'île de Montréal, trône dans les positions de tête du classement des écoles depuis trois ans. Le bloc de briques rouges de deux étages, campé en pleine nature, à l'orée du parc du Cap-Saint-Jacques, accueille des élèves en cravate, pantalon gris et jupe à carreaux. Mais voilà, les notes des épreuves de mathématiques 436 de 4e secondaire, aux examens officiels de juin 2003 et 2004, ont été gonflées, reconnaît la nouvelle directrice, Julie Beaudet.
À la Sûreté du Québec, on dit mener une enquête depuis juillet dernier. Le collège, lui, a déjà fait la sienne. Bernard Laudy, le fils du fondateur de l'école et son directeur pendant plus de 20 ans, a été congédié cet été par le conseil d'administration de l'établissement. "Il retranscrivait lui-même les notes des examens, alors que c'est l'enseignant qui doit le faire", dit Julie Beaudet.
"Si un élève avait 40 sur 60, M. Laudy montait la note à 43. S'il avait, disons, 11 sur 60, il pouvait la monter dans les 20", dit-elle.
Dès sa nomination, cet été, cette rouquine de 29 ans, anciennement adjointe à la direction, a révisé tous les examens officiels - familièrement appelés "examens du Ministère" - passés au collège en 2003 et 2004. Seuls les résultats des épreuves de maths de 4e secondaire présentaient des irrégularités, assure-t-elle. Impossible de dire s'il en était ainsi depuis plus de deux ans. Au Québec, les écoles ne sont pas tenues de conserver les copies d'examens plus d'une année. "Les examens de 2002 et des années précédentes, nous ne les avons plus", dit la directrice.
L'actualité a tenté de joindre Bernard Laudy pour connaître sa version des faits, mais les appels sont restés sans réponse.
Le scandale de Charlemagne soulève des questions sur le système de correction des examens officiels au Québec. Il en coûte à l'État 100 138 dollars pour former un diplômé du secondaire. L'outil servant à déterminer si le diplôme lui sera accordé doit être le plus sûr possible. Les examens officiels du Ministère - sciences physiques, mathématiques, anglais, histoire du Québec et du Canada de 4e secondaire ainsi que français, anglais et mathématiques de 5e - pèsent lourd: ils valent 50% de la note finale dans la matière. Il faut tous les réussir. Sinon, pas de diplôme, pas de cégep.
"Les examens du Ministère ne servent pas qu'à évaluer les élèves. Ils nous montrent aussi si notre système d'éducation fonctionne. S'il permet aux jeunes de sortir de cinq années d'études secondaires avec les connaissances requises", dit Pierre Valois, professeur de mesure et évaluation au Département d'éducation de l'Université Laval.
S'il est possible de transmettre des résultats erronés au ministère de l'Éducation, c'est que les examens, sauf celui de français écrit, sont corrigés au sein même des écoles. La plupart comprennent des questions à développement et des questions à choix multiples. L'enseignant corrige la partie développement pour chacun de ses élèves. Il inscrit les notes sur les feuilles de réponses aux questions à choix multiples. Ces feuilles, remplies de petits cercles noircis au crayon à mine, sont ensuite envoyées au Ministère dans une enveloppe cachetée. Les cahiers de réponses de la partie développement sont conservés par la maison d'enseignement, et jetés un an plus tard. Les questions à choix multiples sont corrigées par un des trois lecteurs optiques situés dans un édifice du ministère du Revenu, à Québec.






