Bien des curés sont ravis que l’enseignement de la religion sorte des écoles ! Leurs paroisses sont prêtes à accueillier enfants… et parents !
L’abbé Pierre Boudreault, de Notre-Dame-de-Roberval, au Lac-Saint-Jean, n’a aucune compassion pour ses ouailles. En tout cas, pas pour les parents qui se plaignent de la fin prochaine des cours de religion à l’école. « Ils se réveillent maintenant, mais où étaient-ils quand le débat sur la question a eu lieu ? Devant leur téléviseur ? »
S’il déplore la « négligence » des parents québécois, l’abbé Boudreault n’en est pas moins optimiste. Selon lui, l’abolition de l’enseignement religieux à l’école, dès septembre 2008, et sa prise en charge par les paroisses est plutôt une bonne nouvelle. « L’Église catholique va devoir se questionner, se repositionner et retrouver son rôle de missionnaire, dit-il. C’est une chance extraordinaire ! » Cela forcera aussi les parents à prendre leurs responsabilités dans la transmission de la foi, ajoute-t-il. « Il faut qu’ils arrêtent de penser que ce sont les autres qui doivent tout faire. »
Les paroisses ont donc pris les devants. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, au moment de la déconfessionnalisation des commissions scolaires puis des écoles (voir « Un retrait par étapes »), elles ont commencé à offrir des « parcours catéchétiques » visant surtout les jeunes du primaire (de 6 à 12 ans). Une éducation à la foi au sein de laquelle est proposée — mais non imposée — l’initiation aux sacrements (pardon, eucharistie et confirmation), qui n’est plus assurée par l’école depuis 1984.
Selon l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), la majorité des paroisses — environ 1 500 — offrent aujourd’hui des cours de catéchèse aux enfants et aux adolescents. « Nous avons pris la relève pour les initier à la vie chrétienne et leur transmettre les apprentissages de base, car l’école ne le fait plus depuis longtemps », dit Robert Sauvageau, directeur de l’Office de l’éducation à la foi au diocèse de Montréal. « En ces temps où on ne parle que d’accommodements raisonnables, il est urgent de redécouvrir notre originalité comme chrétiens catholiques. »
Le contenu du cours d’enseignement religieux était riche, mais de nombreux enseignants étaient réticents à le donner, n’étant pas croyants eux-mêmes et insuffisamment formés, explique Robert Sauvageau. « Cet enseignement a donné peu de fruits, constate Mgr Pierre Gaudette, secrétaire général de l’AECQ. Quand tout se fait en classe, les parents ne soutiennent pas la réflexion à la maison. »
L’Église compte bien inverser la tendance et convaincre les parents de s’impliquer... et d’être conséquents. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti du colloque provincial sur la formation à la vie chrétienne, organisé notamment par l’AECQ, en août dernier, sur le thème « Cette catéchèse qui bouscule familles et communautés chrétiennes ». « Après leur baptême, les enfants sont plongés dans un trou noir et ne mettent pas les pieds à l’église jusqu’à leur première communion, qui est très souvent la dernière ! dit l’abbé Pierre Boudreault. Il est temps de prendre la mesure de l’insignifiance de certains gestes. »
Ses prières pourraient bien être exaucées. Des brebis égarées commencent ainsi à revenir dans le giron de l’Église, accompagnant leurs petits à la catéchèse. « Ce virage nous donne l’occasion de rétablir le contact avec les parents, dit Robert Sauvageau. Certains vont même jusqu’à devenir catéchètes : parmi les 3 000 qui sont engagés dans le diocèse de Montréal, la plupart sont des parents, des mamans surtout. » Mgr Gaudette observe lui aussi des signes encourageants. « Nous voyons de plus en plus de jeunes parents, qui ont moins de préjugés et sont plus ouverts à la religion que leurs propres parents. Nous mettons beaucoup d’espoir de ce côté-là. »


