Avec 200 000 nouveaux adeptes chaque jour, le site de réseautage Facebook se répand comme un virus autour de la planète. Effet de mode ou prochain Google ? Visite dans un univers en explosion.
Caroline Bégin, 34 ans, n’en pouvait plus de voir ses proches succomber tour à tour aux attraits de Facebook. Elle a donc décidé de fonder un groupe de discussion pour les aider à se libérer de cette « nouvelle drogue quotidienne » qu’est devenu le populaire site de réseautage. En l’espace de quelques jours, des dizaines d’internautes se sont inscrits à ce regroupement, intitulé « Je suis accro à Facebook, mais j’essaie de m’en sortir ». À la manière des Alcooliques Anonymes, ses membres promettent de se rencontrer en personne, chaque mois, afin de parler de leur dépendance…
« J’ai fondé ce groupe par dérision », précise en riant Caroline Bégin, doctorante en psychopédagogie à l’Université Laval. Facebook s’est répandu comme un virus sur son campus. Plus de 4 000 étudiants et professeurs se sont déjà inscrits au site, qui permet en quelques clics de créer une communauté virtuelle, de faire partager des photos, des vidéos, des idées, de comparer ses goûts avec ceux de son cousin ou de sa voisine et, surtout, de renouer avec des ex-camarades de classe ou de travail — ou d’anciennes flammes.
D’abord conçu, en 2004, par un étudiant de Harvard pour aider ses condisciples à créer des liens entre eux, ce site n’a été ouvert au grand public que l’an dernier. Sa croissance suit depuis lors une courbe exponentielle : Facebook conquiert chaque jour plus de 200 000 nouveaux adeptes et devrait en compter 60 millions dans le monde d’ici la fin de l’année, selon la maison de recherche Forrester.
« C’est tout un phénomène », dit André Caron, directeur du groupe de recherche sur les jeunes et les médias à l’Université de Montréal. Ce professeur vient d’ajouter Facebook au programme de son cours de maîtrise sur les technologies émergentes. D’après lui, le succès de ce site vient entre autres du fait qu’il permet de combler un besoin vital chez l’Homo sapiens : celui d’appartenir à un groupe. « Facebook a la même fonction qu’avaient, à une autre époque, les sous-sols d’églises. Sa plate-forme très conviviale permet aux gens de discuter et d’agrandir leur cercle social. »
Facebook permet aussi de suivre, à distance, l’évolution de la carrière ou de la vie amoureuse de gens depuis longtemps perdus de vue. Une ancienne conquête se marie ? Un ami d’enfance publie en ligne un album photos de ses récentes vacances familiales ? Les utilisateurs sont tenus au courant de la moindre modification dans le profil de leurs amis grâce à la fonction Newsfeed. « C’est un peu effrayant, ça nous rend à la fois voyeur, exhibitionniste, espion et un brin parano », dit Julie Leduc, 28 ans, de Montréal… qui ne peut pourtant s’empêcher de s’y brancher plusieurs fois par jour. Pour le plus grand plaisir des dirigeants de Facebook.


