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22 Québécois à surveiller


29 Novembre 2007

Publié dans L'actualité du 15 décembre 2007

Ils sont les héritiers de Samuel de Champlain, de Pierre Du Gua de Monts et de Louis de Buade, comte de Frontenac.

Les canons avec lesquels ils répondent aux défis que leur lancent le continent et le monde d’aujourd’hui ne sont toutefois pas faits de fonte et de bois, mais de haute technologie, de géomatique et de recherche scientifique, de culture, d’affaires et de solidarité.

Leur ténacité, leur détermination feraient la fierté d’un Louis Hébert ou d’une Marie Guyart.

Ils ne sont pas encore aussi connus que les Robert Lepage, Marie Laberge, Peter Simons ou Ann Bourget.

Mais leurs réalisations tonnent déjà comme un orage sur le cap Diamant.

REINHARD PIENITZ - Le génie du lac

Après 100 heures de forage, Reinhard Pienitz a rapporté du Grand Nord toute une page de l’histoire de la Terre.

par Louise Gendron

Bien sûr, comme ça, ça n’a pas grand sex-appeal : une carotte de boue et d’argile, longue de neuf mètres et tirée d’un lac perdu aux confins du Nunavik.

Mais c’est un véritable trésor scientifique, qui pourrait permettre de reconstituer le climat qui régnait dans le nord du continent au cours des 200 000 dernières années. Et donc de mieux comprendre les causes et les effets potentiels des changements climatiques actuels. C’est aussi le résultat d’un exploit, réalisé sous la direction du géographe et biologiste Reinhard Pienitz, 46 ans, professeur au Centre d’études nordiques de l’Université Laval.

Car n’approche pas le lac Pingualuk qui veut. D’abord, il se cache dans le parc national des Pingualuit, à 400 km au nord-ouest de Kuujjuaq. Ensuite, il est interdit de le survoler ou même de s’en approcher avec des véhicules polluants. Parce que le lac (connu aussi sous le nom de « l’œil de cristal du Nunavik » ou de lac Cratère), né de la chute d’une météorite de 120 m de diamètre il y a plus de 1,4 million d’années, est un joyau naturel d’une grande rareté… et d’une grande fragilité. Il n’est relié à aucun cours d’eau et n’est alimenté que par l’eau venue du ciel. Et il est si profond (près de 260 m) que même les glaciers qui ont raclé toute la surface du continent n’en ont jamais atteint le fond. D’où la valeur des sédiments qui le tapissent.

C’est donc à pied — en tirant eux-mêmes les traîneaux contenant tout le matériel scientifique ! — que des chercheurs québécois, américains, autrichiens et finlandais ont gravi, au printemps, la pente de 30° qui mène à la rive du lac. Il leur a fallu près de 100 heures de forage pour extraire du fond les neuf mètres de sédiments. Une récolte inespérée : la seule autre expédition du genre, en 1988, avait réussi à en ramener… 14 cm.

Découpé en tronçons, le précieux matériau fait présentement le bonheur de biologistes, de climatologistes et de géologues d’un peu partout sur la planète. Une grande satisfaction pour Reinhard Pienitz. Et un drôle de destin pour cet étudiant géographe qui avait quitté son Allemagne natale, en 1986, pour venir étudier quelques mois à l’Université Laval. Il y a rencontré un professeur (Guy Lortie, aujourd’hui disparu) qui lui a inoculé le virus de l’amour du Nord. Une maladie chronique : à la fin de son doctorat obtenu à l’Université Queen’s de Kingston, c’est à Québec que Reinhard Pienitz a choisi de s’installer. Pour le Centre d’études nordiques, pour la ville de Québec — « un milieu de vie exceptionnel », dit-il — et pour le Nord.

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