Société »

Le retour des conquérants

30 Novembre 2007

En se repliant sur leur territoire, dans les années 1960, les Québécois se sont privés d'une force de frappe pour faire fleurir le français un peu partout en Amérique. Et s'ils repartaient jardiner sur leur continent ?

On verra souvent cet été s’amarrer dans le port de Québec des navires venus d’Acadie ou des canots franco-ontariens ayant descendu le fleuve. Des artistes franco-américains viendront même de Manchester (New Hampshire) pour donner un concert dans la Vieille Capitale le 4 juillet, histoire de rappeler qu’elle est non seulement la capitale du Québec, mais aussi, et surtout, celle de l’Amérique française. Et que le français n’est pas rayé de la carte, au contraire.

Car pour ces minorités francophones dispersées que le premier ministre René Lévesque qualifiait de « dead ducks »(personnes foutues, condamnées), l’assimilation annoncée n’a pas eu lieu. Au Canada — sans compter le Québec —, le nombre de francophones est passé d’environ 800 000 à la fin des années 1960 à presque un million. Ils ont leurs écoles (plus de 650), leurs collèges et universités (21), leurs radios communautaires (21), leurs quotidiens (2) et leurs hebdos (30), ainsi que des lois leur garantissant des services en français. Et les accords de coopération avec le Québec se multiplient.

À tel point que le gouvernement du Québec étrenne pour eux une politique renforcée, qui ne vise plus seulement à soutenir leurs actions. La Politique du Québec pour une francophonie canadienne, déposée en 2006, claironne en effet que le Québec est de retour dans la francophonie canadienne, après quatre décennies pendant lesquelles les Québécois, individuellement et par leurs associations, ont boudé les francophones du Rest of Canada. Elle vise à faire en sorte que le Québec joue à plein son rôle de vaisseau amiral de l’Amérique française — un rôle sur mesure et pourtant longtemps négligé.

« Si on veut assurer le rayonnement de notre langue, si on veut qu’elle s’épanouisse, on ne peut pas limiter notre action au seul territoire du Québec », dit Benoît Pelletier, ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes dans le gouvernement Charest. « Le français est une langue universelle, pas la langue d’un territoire. On se prive d’une force de frappe si on n’aide pas à la faire fleurir partout », ajoute-t-il.

Le ministre Pelletier — et avant lui le premier ministre du Québec Lucien Bouchard — a compris qu’une coopération accrue avec les communautés francophones ne profite pas seulement aux Franco-Ontariens, Acadiens et autres Fransaskois, mais peut également servir le Québec en matière de santé, d’immigration, de distribution de la culture, voire d’affaires. Car la francophonie d’Amérique ne rime plus avec tourtières, ceintures fléchées et « sets carrés », mais avec Internet, CPE, cliniques et collèges techniques.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage