Leurs activités vont de l’importation de pois chiches à l’exportation de poudres électroniques. Voici des immigrants qui enrichissent le Québec.
Leur histoire commence de la même façon : ils arrivent à Montréal sans un sou. Puis, chacun finit par se retrouver à la tête d’une entreprise multimillionnaire. De plus, Georges Ghrayeb, Jamil et Elie Cheaib, des marchés Adonis, Turan Kalfa, des mini-entrepôts Depotium, et Cesur Celik, de la Corporation canadienne de poudres électroniques, ont tous établi leur société dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal, ou tout près.
Saint-Laurent est atypique à plus d’un titre : on y compte davantage d’emplois que d’habitants, et presque la moitié des 85 000 personnes qui y vivent sont des immigrants. Un résidant sur 10 avait l’arabe comme langue maternelle en 2001, comme les propriétaires d’Adonis. Et un sur 10 aussi était de confession musulmane, comme Turan Kalfa et Cesur Celik.
Quand Jamil Cheaib arrive à l’aéroport de Mirabel, en 1978, il n’a même pas l’argent nécessaire pour se rendre à Montréal. Il ne connaît qu’une personne au Canada, un Libanais qui habite Montréal depuis quelques années. Le destin sourit au jeune homme de 20 ans, car ce compatriote se trouve justement à l’aéroport ce jour-là pour accueillir des visiteurs. Il lui offre le gîte pour un mois.
« Jamil pleure chaque fois qu’il raconte cette histoire », dit Elie, son cadet, avec qui il a fondé les marchés Adonis, en compagnie de leur ami Georges Ghrayeb. Les trois hommes sont originaires de Damour, un village chrétien au sud de Beyrouth, éprouvé par la guerre civile de la fin des années 1970. Le village a été détruit, des centaines d’habitants massacrés et l’épicerie de la famille démolie.
Deux semaines après l’arrivée d’Elie à Montréal, à la fin de 1978, les trois Libanais achètent un petit dépanneur, rue Faillon. Pendant plus de six ans, ils travailleront sept jours sur sept pour faire grossir leur affaire, qui comprend aujourd’hui trois supermarchés, un distributeur en gros de produits moyen-orientaux (Phoenicia), une participation dans la première usine de fabrication de couscous au Canada (Zinda) et dans une fromagerie de Sorel spécialisée dans les fromages libanais (Fromagerie Polyethnique). Une affaire dont les revenus annuels atteignent 150 millions de dollars.
Le destin de Turan Kalfa, 47 ans, est tout aussi fabuleux. Il quitte son village des côtes de la mer Noire à 14 ans pour Istanbul. À 17 ans, le jeune Turc s’engage sur un navire, puis un armateur belge le choisit comme capitaine alors qu’il n’a que 19 ans. « Après avoir visité 65 pays et plus de 500 villes, j’ai choisi Montréal, en janvier 1985 », dit-il dans un français sûr et précis, même s’il ne peut pas cacher qu’il s’agit de sa quatrième langue. Le jour, il travaille dans une usine d’armement ; le soir, il étudie l’informatique ; et il fait des déménagements les fins de semaine. Il fondera par la suite une entreprise de transport spécialisée dans les déménagements longue distance, National Movers, qui deviendra le plus grand déménageur indépendant au Canada.
En 1994, un client l’invite à un congrès de propriétaires d’entrepôts libre-service, à Las Vegas, qui en précédait un de déménageurs, à Calgary celui-là. « Le premier avait lieu au Caesars Palace et celui de Calgary dans un motel de deuxième catégorie. Pas de doute, je voulais faire partie du premier ! » raconte-t-il en riant.
Il fonde Depotium en 1995 et vend son entreprise de déménagement quelques mois plus tard. Grâce à ses 21 succursales, Depotium est aujourd’hui le premier locateur d’espaces d’entrepôts libre-service au Québec et le quatrième au Canada.






