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L'école de la différence

11 Janvier 2008

Élitiste, le privé ? L'école Félix-Antoine réussit depuis 10 ans - sans subvention ! - à diplômer des adultes abandonnés par le système public. Et elle risque de fermer si un mécène ne se pointe pas au plus vite.


Le plafond qui coule. Des toilettes vraiment rudimentaires. Une seule salle de classe, un minuscule bureau pour les profs, une cuisine commune. Le tout niché au dernier étage d’un vieux bâtiment, dans le nord de Montréal. Mais oubliez le décor. L’école Félix-Antoine est un miracle.

En raison des élèves, d’abord. Ils ont 20 ans, ou 37, ou 43. Ils sont dyslexiques. Ou dysorthographiques. Ou autre chose. Toute leur vie, ils sont tombés dans les fissures du système scolaire. Oubliés dans le fond des classes, relégués dans des programmes de cheminement particulier, où ils n’arrivaient pas à cheminer, puis à l’éducation permanente, où ils échouaient aussi. Aujourd’hui, ils ont des emplois, des enfants, des contraintes et des responsabilités d’adultes. Mais toujours pas de diplôme. Et la tête assez dure pour avoir encore le désir et le courage de travailler fort pour l’obtenir, ce fichu diplôme.

Pour les y aider, un improbable duo. Lui, Martin Beaulieu, a 38 ans, un diplôme de biologie et l’air de celui qui s’est couché trop tard. Elle, avec ses 60 ans, ses cheveux gris, son 1,60 m et ses 60 kilos, a l’air d’une petite chose fragile. Mais il faut trois minutes pour comprendre que Denise Mayano est une force de la nature. Et une redoutable tête de pioche.

Avec quelques complices, ces deux-là tiennent à bout de bras cette école unique au Québec. À temps partiel, sans salaire, sans subvention et avec trois bouts de ficelle, ils réussissent là où tout le réseau scolaire s’est cassé les dents. L’école Félix-Antoine a reçu plus d’une centaine d’élèves depuis sa fondation, en 1996. Et l’immense majorité d’entre eux en sont ressortis avec un diplôme en poche.

Ce jour béni approche pour Violaine Casimir, 37 ans. Grande Noire à la chevelure spectaculaire, mère d’un enfant, elle a derrière elle des années d’échecs et de déceptions. Dyslexique non diagnostiquée, elle a quitté l’école après avoir redoublé deux fois sa 1re secondaire. Elle a ensuite passé des années ballottée d’entrepôts en usines, retournant périodiquement aux études. Chaque fois, pour essuyer un nouvel échec.


Violaine est une femme magnifique qui pourrait gagner très bien sa vie, comme serveuse dans un bar chic par exemple. Ça ne l’intéresse pas. Elle veut son diplôme. « Sans 5e secondaire, tu n’es personne. Même dans une usine, tu es la première mise à pied. Je veux une place dans cette société, une vraie place. »
À Félix-Antoine, il ne lui a fallu que trois ans pour venir à bout de presque tout le programme du secondaire. Elle est en 5e en français, en 4e en maths. Elle vient aussi de réussir son examen d’histoire de 4e. « Un exploit, dit-elle. Je suis en train de me prouver que je suis capable d’étudier, d’acquérir une assurance que je pourrai transmettre à mon fils et d’apprendre ce qu’est la réussite. »

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