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Des Chinois dans la savane


25 Janvier 2008

Pétrole, fer, manganèse, bois : l’Afrique attire les Chinois en mal de ressources naturelles. Et le Gabon a tout pour les séduire. À quel prix ?


Il m’a fallu prendre deux avions locaux pour aboutir dans cette savane africaine, envahie par les termitières et entourée de forêts denses. À deux pas d’ici, c’est la jungle, avec ses lianes ondulantes et tordues, ses éléphants agressifs et ses calaos siffleurs qui répliquent aux chimpanzés criards.

Aujourd’hui, la savane brûle. Les villageois y ont mis le feu pour que les herbes séchées fassent place à de jeunes pousses. Le 4 x 4 qui nous emmène, des touristes, mon photographe et moi, traverse un nuage de fumée, puis glisse sur la piste de sable blanc en direction du parc national du Loango, petit paradis à l’ouest du Gabon. Dans un virage, on aperçoit un homme, accroupi à côté d’un instrument d’arpentage — un théodolite. En entendant le bruit du moteur, il lève lentement la tête : un Chinois ! « Il cherche du pétrole », me dit le guide, qui habite la région.

Les Chinois sont partout en Afrique. Ils seraient entre 130 000 et 750 000 à y travailler ou y vivre, dont 1 500 à 10 000 au Gabon, selon les estimations. Avide de ressources naturelles, Pékin encourage ses sociétés d’État à tenter l’aventure africaine. Entre la Chine et le Gabon seulement, les échanges commerciaux ont plus que doublé depuis 2003, atteignant 700 millions de dollars américains en 2006, d’après les statistiques officielles chinoises. Et on prévoit que ce chiffre doublera encore d’ici 2010.

La Chine gagne du terrain au Gabon et en Afrique, au détriment de la France — le colonisateur jusqu’en 1960 —, des États-Unis et même du Canada (voir l’encadré « L’Afrique, futur Moyen-Orient ? »).

À première vue, Libreville, la capitale gabonaise, frappe par son opulence. On est loin de « Ouaga deux roues » (comme on appelle parfois Ouagadougou), la capitale poussiéreuse du Burkina, fief des scooters. Ici, on se déplace en 4 x 4 sur le Bord de Mer, boulevard bitumé et bordé de palmiers qui longe l’océan Atlantique. Le matin, la terrasse en bois du Pélisson, café français huppé du centre-ville, est remplie d’hommes d’affaires et de fonctionnaires gabonais. En costard et cravate, ils se font cirer les souliers devant un croissant au beurre.

Le Gabon, petite république d’Afrique centrale (1,4 million d’habitants), regorge de pétrole (neuvième producteur africain), de fer et de manganèse. Ses forêts équatoriales humides — 85 % de ce territoire six fois plus petit que le Québec — comptent plus de 400 essences d’arbres (80 commercialisables), dont l’okoumé, ce bois rose saumon typique du Gabon servant à la fabrication du contreplaqué. Ses eaux abondent en tilapias, capitaines, bars et délices de toutes sortes. Un pays de cocagne pour les Chinois, qui rêvent d’y faire fortune.

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