Société »

Les manuels de l'insignifiance



5 Mars 2008

Les nouveaux manuels d'histoire du secondaire proposent une vision nombriliste inféodée à l’éducation civique.


Vous pensiez que la construction et la chute du mur de Berlin étaient des moments marquants du 20e siècle ? Au moins deux des six nouveaux manuels d’histoire générale destinés aux élèves du premier cycle du secondaire n’en font même pas mention.

Vous croyiez que le capitaine Alfred Dreyfus, envoyé au bagne pour espionnage, au centre de la célèbre affaire qui déchira la France au 19e siècle, l’avait en fait été parce qu’il était juif ? Il semble que ce détail soit secondaire, puisque le manuel Regards sur les sociétés (CEC), destiné aux mêmes élèves, n’en souffle mot.

Peut-être saviez-vous que François Villon était un poète du Moyen Âge ? Détrompez-vous : le nouveau manuel d’histoire générale D’hier à demain (Graficor) cite l’auteur de la Ballade des pendus parmi un florilège d’artistes de la Renaissance.

Ces erreurs et omissions grossières ont été glanées au fil des pages des nouveaux manuels scolaires du volet « Histoire du monde de l’Antiquité à aujourd’hui », à l’intention des élèves québécois de 1re et de 2e secondaire. Elles devraient suffire à nous convaincre que tout ne va pas pour le mieux dans l’enseignement de l’histoire au Québec.

N’est-ce pas ce que nous révélait récemment la lettre publiée dans Le Devoir par une élève de 15 ans d’une école de la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île ? Jeanne Pilote y expliquait ce que tout observateur attentif est en mesure de constater : l’application de la réforme scolaire à l’histoire a transformé les cours en « n’importe quoi » et les élèves en véritables « cobayes ». « Nous passons des périodes entières, écrivait-elle, à nous “interroger dans une perspective historique”, ce qui signifie qu’on compose des questions à propos de l’histoire sans même y répondre. »

Au printemps 2006, la divulgation des intentions du ministère de l’Éducation concernant le volet « Histoire du Québec et du Canada » (3e et 4 e secondaire) avait soulevé un tel tollé que le ministre avait dû revoir sa copie (voir L’actualité, 1er sept. 2007). On avait alors accusé les auteurs du programme de liquider la mémoire nationale en passant sous silence des moments aussi importants que la Conquête et les insurrections de 1837-1838.

L’examen des six manuels du volet « Histoire du monde de l’Antiquité à aujourd’hui », dont le programme était passé presque inaperçu deux ans plus tôt, montre que le débat est plus profond qu’on ne le croyait. En d’autres termes, que ce « n’importe quoi » dont parle Jeanne Pilote est inscrit au cœur même de la nouvelle façon d’enseigner l’histoire.

Avant le renouveau pédagogique, l’histoire avait pour fonction de répondre à la question « D’où venons-nous ? » Elle avait pour rôle de saisir la séquence complexe des événements qui nous avait engendrés. Dorénavant, elle a pour but essentiel d’« amener [l’élève] à développer des compétences qui l’aideront à comprendre les réalités sociales du présent à la lumière du passé ». Il ne s’agit donc plus de comprendre le passé, mais bien le présent !

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