Carburants, médicaments, cosmétiques, textiles : avec les arbres, on fera bientôt plus que des meubles. Les bioraffineries, planche de salut de la forêt québécoise ?
Oubliez les scénarios catastrophe pour l'industrie forestière. D'ici 20 ans, les papetières seront devenues des bioraffineries, qui produiront, en plus du papier, des biocarburants, des polymères, des médicaments et divers sous-produits servant à la fabrication de pneus, de cosmétiques, de pièces autos, alouette ! Les vieilles scieries seront devenues des usines de maisons, de murs, de planchers et de toits préfabriqués, de cercueils, de meubles... Grâce aux progrès en sylviculture et en opérations forestières, les forêts pousseront plus vite. Et on fabriquera des biocarburants sur les chantiers eux-mêmes.
Bref, si les nouveaux sorciers de la forêt tiennent leurs promesses, l'avenir est dans le bois !
Ces nouveaux sorciers, ce sont les 650 chercheurs et techniciens de FPInnovations, le plus important institut de recherche forestière sans but lucratif au monde. La moitié de son budget de 100 millions de dollars provient de 500 entreprises privées ; le reste, des 14 gouvernements canadiens.
Ce qui se mijote dans les quatre centres de l'institut, c'est le contraire du cauchemar productiviste que dénonçait L'erreur boréale, de Richard Desjardins. Paprican, à Pointe-Claire, s'intéresse aux pâtes et papiers. Forintek, à Sainte-Foy, au bois de sciage, et Feric, à Pointe-Claire, à la foresterie. Quant au Centre canadien sur la fibre de bois, aussi à Sainte-Foy, il se livre à l'étude fondamentale de l'arbre à partir de la graine même. Leur mission : préparer des lendemains qui chantent aux régions forestières du Québec, durement éprouvées.
Le documentaire L'erreur boréale a prouvé à quel point la forêt québécoise était mal gérée. Mais il existe une autre erreur boréale, appelons-la « l'erreur colossale » : l'économie d'une demi-douzaine de régions repose sur la production de madriers et de papier bas de gamme, qui ne valent plus rien sur le marché mondial.Pendant deux décennies, l'industrie s'en est tenue à ces deux créneaux, alors que l'on savait que les Européens, les Chinois et les Brésiliens allaient bientôt inonder le marché avec leur production moins chère - certaines essences, au Brésil, croissent de sept centimètres par jour et les Suédois obtiennent des rendements à l'hectare quatre fois supérieurs à ceux du Québec. Puis, Internet a fait chuter les commandes de papier journal et de papier d'impression, le gagne-pain des papetières québécoises. En 2002, le gouvernement américain a aggravé la situation en déclenchant une guerre tarifaire contre le madrier de fabrication canadienne. La hausse du dollar canadien en 2006 et l'effondrement du marché de la construction aux États-Unis l'année suivante sont venus donner le coup de grâce.
Rien ne sert de rêver à l'âge d'or des Jos Montferrand et autres Menaud maîtres-draveurs. La potion magique viendra des scientifiques, des chercheurs qui, à FPInnovations, planchent sur des technologies et des produits révolutionnaires pour des marchés entièrement nouveaux.


