Le paradis canadien des soins de santé privés est... au Québec ! Portrait d'un réseau parallèle en pleine expansion.

Avec sa douleur chronique à la hanche et son horaire de PDG, Don Downing, de Vancouver, n’avait ni l’envie ni le temps d’attendre qu’une place se libère dans le système public de santé. Mais il ne voulait pas non plus se faire opérer aux États-Unis, même si les hôpitaux privés y pullulent. Après quelques recherches dans Internet, il a finalement acheté un billet d’avion et mis le cap sur… Montréal, où il a reçu une toute nouvelle hanche au début de décembre. « Ma femme et moi en avons profité pour louer un appartement à Montréal, dit l’homme de 59 ans. On a visité le Musée des beaux-arts, l’oratoire Saint-Joseph, le Vieux-Montréal dans le temps des Fêtes. C’était très agréable. »
Cet homme d’affaires actif dans le domaine du pétrole est l’un des quelque 75 clients de l’extérieur du Québec opérés l’an dernier à la clinique orthopédique privée du Dr Nicolas Duval, à Laval. Ils sont loin d’être les uniques touristes médicaux à avoir choisi le Québec. À lui seul, le consultant Rick Baker, président de Timely Medical Alternatives, à Vancouver, oriente chaque année des centaines de clients venant d’un bout à l’autre du pays vers les dizaines de cliniques privées de toutes sortes qui ont éclos au Québec ces dernières années.
« Beaucoup de mes clients sont ontariens, dit Rick Baker. Quand ils franchissent la rivière des Outaouais et mettent les pieds au Québec, ils font plus que changer de province : ils passent de la nuit noire de la médecine socialisée au jour éclatant de la médecine privée à la québécoise. »
Pour cet adversaire acharné du système public de santé comme pour ses plus farouches défenseurs, le terreau le plus fertile à la médecine privée au pays n’est pas en Alberta et encore moins en Ontario. Contrairement aux idées reçues, il est au Québec.
Dans nulle autre province on ne trouve une telle concentration de cliniques privées de radiologie (une quarantaine), où les patients peuvent payer pour des services normalement couverts par le régime public. Nulle part il n’y a autant d’ophtalmologistes désireux de vous débarrasser rapidement de votre cataracte — en échange de 1 500 à 3000 dollars. Et nulle part ailleurs on ne dénombre autant de médecins ne participant pas au régime public — le Québec en compte 151, soit 20 fois plus que toutes les autres provinces réunies.
Ce foisonnement est particulièrement visible à Montréal. Zoltan Nagy, directeur de l’Association des cliniques médicales indépendantes du Canada, qualifie la métropole de « capitale canadienne des soins de santé privés au pays ». Les Montréalais ont l’embarras du choix s’ils désirent payer de leur poche pour se faire vacciner à la maison ou obtenir des analyses sanguines directement sur leur lieu de travail. Les patients qui ont le désir et les moyens de contourner les listes d’attente dans les hôpitaux ont le choix entre six cliniques de chirurgie, où ils peuvent subir de multiples interventions, allant d’une simple réparation de ligament à la pose d’une toute nouvelle hanche artificielle. Dernière tendance en vogue dans ce domaine en ébullition, Montréal accueille aussi un nombre grandissant de cliniques de médecine familiale privées, où se réfugient les citadins lassés des longs délais d’attente dans le public.






