C’est l’une des grandes questions de ce début du 21e siècle : le régime autoritaire chinois pourra-t-il gouverner encore longtemps une société de plus en plus riche, instruite et branchée sur le monde ?

Il y a deux miracles chinois. Le premier est la croissance de l’économie, qui a décollé comme une fusée. Dans son sillage, des millions de paysans ont été transformés en citadins, des petits entrepreneurs en millionnaires, des villes grises en mégapoles scintillantes. L’autre miracle, c’est que la fusée ne se soit pas encore écrasée. Car le Parti communiste aux commandes n’a rien d’un Neil Armstrong (premier astronaute à avoir mis les pieds sur la Lune).
Ce parti a troqué les livres de Marx et d’Engels contre des manuels de gestion et de marketing. Mais il est rongé par la corruption, alimente le culte de Mao Tsé-toung, censure les médias et continue d’envoyer les dissidents politiques dans des camps de « rééducation par le travail ». C’est un piètre banquier, de surcroît : les banques chinoises, dont le Parti a le contrôle exclusif, croulent sous des centaines de milliards de dollars de mauvaises créances. La fusée continue de s’élever. Mais sur le tableau de bord, les voyants rouges s’allument les uns après les autres. Et nul ne sait si le pilote saura réagir.
C’est l’une des grandes questions de ce début du 21e siècle : le régime autoritaire chinois pourra-t-il gouverner encore longtemps une société de plus en plus riche, instruite et branchée sur le monde ? Ce qui se passera dans ce pays au cours des prochaines années influencera l’avenir politique de la planète. Car si la Chine fait la preuve qu’elle peut devenir une nation prospère et stable sans démocratie multipartite, de nombreux pays d’Afrique et d’Asie pourraient être tentés d’adopter son système politique, écrivait l’an dernier Azar Gat, professeur de sécurité nationale à l’Université de Tel-Aviv, dans la revue Foreign Affairs. La démocratie aura un sérieux concurrent si un bloc de pays capitalistes et autoritaires se forme dans les prochaines décennies, précisait-il.

On n’en est pas encore là. Pour l’instant, la Chine craque de partout. En 2005, le pays a été secoué par 87 000 émeutes, 238 par jour ! Le gouvernement, qui a publié cette statistique, n’a pas défini ce qu’il entend par « émeute ». De violentes grèves éclatent dans les cités industrielles, des citadins s’opposent à la réalisation de grands chantiers immobiliers, mais la grogne vient surtout des campagnes, où vivent 700 millions de Chinois (voir « Les bombes à retardement »). Dans certains cas, les incidents frisent l’insurrection. En mai 2007, près de 50 000 paysans de la province du Guangxi, dans le sud-ouest du pays, ont lancé des pierres à la police antiémeute pendant deux jours. La cause de leur révolte : les autorités locales imposaient aux nombreuses familles n’ayant pas respecté la politique de l’enfant unique des amendes équivalentes à 10 fois leur revenu annuel. La foule a renversé des voitures et incendié des bureaux de l’État. Si l’on se fie aux témoignages diffusés sur le Web, trois fonctionnaires chargés de faire la loi sur le contrôle des naissances auraient été tués !






