La prochaine fois que vous pesterez contre le prix du pain qui augmente — et ça ne fait que commencer ! —, dites-vous qu’il monterait moins si les pays riches n’avaient pas renoncé à construire des routes en Afrique !
Le Canada, comme d’autres pays riches, est en partie à l’origine de la crise alimentaire mondiale actuelle.
Les grandes institutions mondiales ont longtemps dit aux pays pauvres : « Cessez vos cultures vivrières peu rentables ; plantez plutôt du café, du coton, que vous nous vendrez. Notre agriculture intensive vous fournira du grain pour nourrir vos populations. » Et on a arrêté d’investir pour relier au marché mondial des millions de petits producteurs agricoles africains… dont on aurait bien besoin aujourd’hui !
Privilégié, notre grand pays céréalier ? Oui, et cela entraîne des responsabilités. Dans l’Ouest canadien, on a abattu des milliers de porcs au cours des derniers jours, faute de pouvoir les nourrir à un prix rendant leur vente rentable. Pendant que des émeutes de la faim secouaient la planète, au Canada on abattait des animaux et les producteurs céréaliers se remplissaient les poches !
Les raisons de la crise actuelle sont complexes. Le nombre de bouches à nourrir augmente, le goût des Chinois et des Indiens pour la viande aussi. Et l’humanité doit produire plus avec moins d’eau, de terre arable, de biodiversité, de pétrole. Les experts s’entendent : il faut une révolution verte, un développement accéléré de la recherche et des actions concertées de tous les gouvernements du monde. Le marché ne réglera pas tout. Des spéculateurs sont en partie responsables de la hausse des prix qui affame les pauvres pour enrichir les riches.
Il n’y a pas de solution simple à cette économie de pénurie qui s’installe pour au moins 10 ans et menace 100 millions d’êtres humains. Raison de plus pour faire preuve de vision.
Le gouvernement Harper devrait tout d’abord annoncer rapidement une contribution accrue au Programme alimentaire mondial (PAM). Le Canada est déjà le deuxième donateur en importance, répond la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda. Qu’il devienne le premier ! L’aide canadienne, à 0,3 % du PIB, est encore loin du 0,7 % qu’elle a déjà représentée.
Le Canada devrait aussi :
• Fermer les usines qui transforment du blé ou du maïs en agrocarburant tant que la crise perdure. Comparée à celle des États-Unis et du Brésil, leur production est marginale, mais le signal serait symboliquement fort. Les céréales doivent nourrir les hommes avant les voitures. Comme le dit Jean Ziegler, rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, les agrocarburants « sont un crime contre l’humanité ».
• Prendre au sérieux la conférence de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui se tiendra du 3 au 5 juin à Rome, en y envoyant les ministres de l’Agriculture et de la Coopération internationale. Avec des dollars en poche, mais surtout avec la marge de manœuvre politique nécessaire pour devenir des promoteurs d’initiatives mondiales. Cet organisme onusien a une réputation d’inefficacité. Voilà l’occasion de l’obliger à se recentrer sur ses obligations : aider le monde à gérer cette pénurie.
• Investir davantage dans la recherche pour augmenter la production alimentaire.





