Le Canadien de Montréal est la propriété de la famille Molson, la plus vieille dynastie d'affaires du Canada. Voici le portrait, publié en 2008, d'une famille profondément attachée à Montréal, à la bière et au hockey.

C’était la première fois que des gens possédant plusieurs centaines de millions de dollars me donnaient rendez-vous dans une… brasserie ! Une vraie brasserie d’amateurs de bière et de hockey, pavoisée aux couleurs du Canadien et de son principal commanditaire, la Molson Ex. C’est donc un pichet de bière que j’ai partagé avec Eric, Andrew et Geoffrey (« Geoff ») Molson. Au menu : sandwich club et smoked meat. Le choix du lieu n’était pas un hasard : on ne réussit pas à conserver la propriété d’une entreprise pendant 222 ans sans demeurer proche de ses clients et de leur style de vie.
Il n’y a rien d’aristocratique dans la plus vieille dynastie d’affaires du Canada. J’ai assisté, en février, à une soirée-hommage à la famille Molson organisée par Sports-Québec. Je m’attendais à y voir l’élite montréalaise des affaires et des représentants bien en vue de l’establishment anglophone. À part les Molson, le seul anglophone assis à la table d’honneur était Bob Gainey, le directeur général du Canadien. Les grandes personnalités venues honorer la famille à cette occasion s’appelaient Richard, Béliveau, Lafleur ou Cournoyer — les légendes vivantes du club emblématique de Montréal.
« Montréal, la bière et le hockey, voilà qui nous sommes », dit Eric Molson dans un très bon français, appris en parcourant tous les coins du Québec. Le club de hockey Canadien a appartenu à la famille Molson ou à la brasserie pendant 37 ans, et Molson Coors en détient toujours près de 20 % des actions. De plus, la marque de bière est le commanditaire de la diffusion des parties du « Tricolore » depuis 51 ans.
Eric Molson, 70 ans, coprésident du conseil de Molson Coors — sixième brasseur au monde, avec des revenus de 6,1 milliards de dollars —, a toujours préféré la discrétion. Il donne très peu d’interviews, on ne l’entend pas sur les grands enjeux politiques ou économiques et il n’a pas de résidence au lac Memphrémagog ou à Palm Beach, où séjournent les grosses pointures du milieu des affaires québécois. L’homme laisse pourtant sa marque. C’est lui qui a décidé de construire ce qui est devenu le Centre Bell et c’est grâce à sa générosité que l’on est en train de bâtir, au centre-ville de Montréal, le nouveau siège de l’École de gestion John-Molson (Université Concordia), un immeuble de 15 étages qui coûtera 120 millions de dollars. Depuis huit ans, la famille Molson a donné 20 millions de dollars à cette école qui porte le nom de son illustre ancêtre.





