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Le Québec a besoin de vous

6 Mai 2008

D’ici huit ans, 1,3 million de postes devront être pourvus au Québec. Entreprises privées et gouvernement, dans un effort collectif, partent à la chasse aux travailleurs.


Marc Thibodeau s’étonne encore du tournant que vient de prendre sa vie. Après 23 ans de travail à la papetière Domtar, à Lebel-sur-Quévillon, il se retrouve aujourd’hui sur les bancs d’école. À la même polyvalente que son fils de 18 ans. Au programme : cours de géologie, de dynamitage, de santé et sécurité au travail… En août prochain, il tirera un grand trait sur son passé de papetier. Et le reste de sa vie professionnelle, il le passera au fond d’une mine.

Ce père de famille de 43 ans n’aura pas à chercher longtemps un nouvel emploi. Le géant Breakwater, qui exploite la mine Langlois, dans le Nord-du-Québec, n’attend que la fin de sa formation pour l’embaucher (lui et la vingtaine d’autres travailleurs du papier qui suivent aussi la formation), au même salaire que dans les pâtes et papiers — jusqu’à 80 000 dollars par an en comptant les heures supplémentaires.

En fait, Breakwater en embaucherait une centaine comme lui. Car l’entreprise, de même que l’ensemble de l’industrie minière québécoise, peine à pourvoir ses postes vacants. Au cours des trois prochaines années, cette industrie devra recruter 4 000 travailleurs. Une tâche colossale : de 2005 à 2007, seulement 88 personnes ont obtenu leur diplôme en extraction de minerai…

Les secteurs de la construction, du transport, des technologies de l’information, de l’industrie maritime, des soins de santé, de la fonction publique, des assurances, pour ne nommer que ceux-là, sont tous dans la même galère (voir le tableau « Les secteurs à forte demande »).

Au total, près de 700 000 postes seront à pourvoir d’ici trois ans au Québec — environ 250 000 attribuables à la croissance économique et le reste aux départs à la retraite. Et ce sera le double d’ici 2016. Le Conference Board du Canada, dans une étude publiée en décembre dernier, prévoit même qu’en 2030 plus de 350 000 emplois demeureront vacants au Québec. Ce qui poussera les salaires à la hausse, forcera les entreprises à investir massivement dans la technologie et obligera les travailleurs à être plus productifs.

Et on ne parle pas d’emplois mal rémunérés. Dans l’industrie maritime, où l’on aura besoin de milliers de matelots et de cuisiniers d’ici 10 ans, les salaires annuels vont jusqu’à 76 000 dollars. Le Québec a aussi besoin d’infirmières (à 62 000 dollars), de bouchers (à 34 000 dollars), d’audiologistes (à 70 000 dollars).

La pénurie, il est vrai, touche aussi les postes de commis-vendeurs et de caissières (à 16 000 dollars). Mais selon Statistique Canada, rien n’indique que la proportion des emplois à bas salaire ait augmenté au pays de 1997 à 2004.

La rareté de la main-d’œuvre dans certains secteurs est telle que Québec se lance dans les grandes manœuvres, bouleversant au passage les méthodes de formation et de recrutement. Jamais, depuis les 35 dernières années, on n’a assisté à un effort à ce point concerté des secteurs privés et publics pour dénicher des travailleurs.


Depuis janvier dernier, pas une semaine ne passe sans que le gouvernement annonce une aide tant pour le secteur privé que public. Les initiatives concernent surtout les réservoirs de travailleurs potentiels et sous-exploités : les bénéficiaires de l’aide sociale, les immigrants et les travailleurs des industries en difficulté, qu’il faudra recycler.

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