Le Canada célèbre le centenaire de son héroïne littéraire la plus connue. Et avec lui, un coin de pays unique, l’Île-du-Prince-Edouard, décor de la célèbre maison aux pignons verts.

Anne Shirley a un sale caractère — du genre à casser son ardoise sur la tête d’un garçon. Anne Shirley fait gaffe sur gaffe — elle teint ses cheveux en vert et soûle son amie au vin de groseilles. Anne Shirley est moche — maigrelette et toute roussie, comme un chat de gouttière qu’on a tenté d’étouffer. Et Anne Shirley a des admirateurs par millions. Allez savoir pourquoi !
J’avais 12 ans quand Anne… la maison aux pignons verts a paru en français au Québec. À la première lecture, j’en voulais à mes parents de n’avoir pas eu la présence d’esprit de me faire rousse. À la deuxième, je réclamais un voyage à l’Île-du-Prince-Édouard. À la troisième…
Mon obsession serait pathologique si elle n’était pas largement partagée. Ce classique de la littérature jeunesse s’est vendu 50 millions de fois dans une vingtaine de langues ! Anne est vite devenue une idole canadienne. « L’héroïne enfantine la plus adorable depuis l’immortelle Alice », selon l’écrivain américain Mark Twain, qui connaissait bien le pays des merveilles.
La petite rebelle fête ses 100 ans. Dans sa tignasse de feu, pas un cheveu blanc. Son charme semble aussi intemporel qu’universel. Il faut feuilleter le programme du congrès qui lui sera consacré à la fin de juin, à Charlottetown, pour saisir la grandeur de son empire. Les spécialistes affluent de Suède, Taïwan, Turquie, Afrique du Sud. Et présentent des exposés sur des sujets comme « Enseigner Anne dans la République islamique d’Iran » !
L’année 2008 sera toute à Anne. Penguin Books imprime une édition spéciale du roman avec la couverture originale. L’écrivaine Budge Wilson lance Before Green Gables, dans lequel elle imagine la petite enfance d’Anne. Un album illustré immortalise les scrapbooks de l’auteure, qui agençait avec passion photos, coupures de magazines et souvenirs. Aussi au menu : un téléfilm, un timbre commémoratif, une exposition en tournée au Canada et un été de réjouissances à l’Île-du-Prince-Édouard…
Il y a un siècle, le 20 juin 1908, une demoiselle au lourd chignon recevait un paquet à sa maison de Cavendish, à l’Île-du-Prince-Édouard. Et déchirait avec frénésie le papier kraft. À l’intérieur, un livre à la jaquette ornée d’une tête dont on devine la couleur. « Là, dans mes mains, se trouve la réalisation concrète de tous les rêves et les espoirs et les ambitions et les combats de toute mon existence consciente — mon premier livre », écrivait-elle avec exultation dans son journal intime. Lucy Maud Montgomery, 33 ans, grimpait son « sentier alpestre » vers la gloire.






