Les grands bateaux de croisière sont de plus en plus nombreux à mouiller sur les côtes des provinces de l'Atlantique et du Québec. Les petits havres de pêche, la culture francophone, le Château Frontenac séduisent les touristes, aconstaté notre journaliste à bord du Grand Princess.

Le paquebot de plaisance entre au port juste avant l’aube. Sous la bruine, le panorama n’a rien de rassurant. Une papetière fume, des conteneurs encombrent les quais... Là-haut, une ombre massive, d’allure carcérale, écrase la colline. Est-ce bien là Québec, l’escale de charme des brochures touristiques ? Quelle déception ! Mais un matin d’or rose se lève et, soudain, la cité surgit du néant, telle une figure de proue, coiffée de son hôtel à tourelles. Et elle sourit de toutes ses dents, façades de pierre et falaises boisées.
À bord du navire, les passagers lévitent de plaisir. « Québec est vraiment l’une des plus jolies escales que j’aie vues. Je comprends maintenant pourquoi tant de gens l’adorent », remarque Pat Wilson, le regard perdu vers le cap Diamant. L’agente de voyages sait de quoi elle parle : chez elle, à Calgary, elle vend des croisières. Dont celle-ci, qui mène au Saint-Laurent.
Ce matin, 2 600 voyageurs s’en vont user les pavés de la vieille ville. Ils empruntent le circuit consacré : quartier Petit-Champlain, funiculaire vers la terrasse Dufferin, plaines d’Abraham… Certains visitent l’île d’Orléans ou la Côte-de-Beaupré. Leur enthousiasme est sans prix. Sur les 12 excursions proposées par le Grand Princess, 9 affichaient complet au premier jour de croisière. Y compris le vol en hélicoptère à 399 dollars par personne !
Rue Saint-Paul, un petit brun aux yeux rieurs s’arrête à tous les 10 m pour prendre une photo ou prospecter une galerie d’art. Khalil Hamid, 57 ans, est venu de Philadelphie avec son épouse pour découvrir le pays de son idole : René Lévesque ! « J’ai toujours été fasciné par le Québec, lance l’exportateur d’origine palestinienne. Mais il n’y avait pas de moyen facile de se rendre ici. Quand j’ai entendu parler de cette croisière, je me suis tout de suite dit que je la ferais. » Il compte visiter l’île d’Orléans et la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré avant de filer à Montréal.
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Le jour du départ, dans le port de Brooklyn, je lève des yeux effarés vers le monstre marin qui me fera chevaucher l’Atlantique. Quinze étages de métal blanc et de verre acrylique bleuté s’étalent sur la longueur de trois terrains de football. Dedans se cachent six restos, quatre piscines, deux salles de spectacle, un casino ainsi que 2 600 passagers et 1 100 employés. Même une sirène s’y égarerait !
Tuuuttt… Tuuuttt… Avec une douceur surprenante, la « bête » s’arrache à Manhattan, aux gratte-ciel, aux bras verts de la statue de la Liberté. Les passagers se cramponnent à leur cocktail. De la mer, là-bas, souffle un vague parfum d’algues et d’aventure.
Le Grand Princess est un navire frère du Pacific Princess, vedette de La croisière s’amuse, cette télésérie des années 1980 où des couples en froid se rallumaient au soleil des Caraïbes. Mais sa clientèle a plus de cheveux gris. Une élégante octogénaire me vante le Château Frontenac, où elle a fait un séjour… dans les années 1940 ! L’âge moyen sur l’itinéraire Canada–Nouvelle-Angleterre est si élevé qu’il faut avancer l’heure des spectacles : les gens se retirent vers 21 h 30 pour se lever aux aurores. On est loin des Caraïbes, où les jeunes vont festoyer l’hiver.





