Le plus grand aéroport de la planète. Les gratte-ciel les plus hauts. Des îles artificielles pour milliardaires: bienvenue dans la capitale de la démesure et de la consommation.
Si c’était un film, ce serait un thriller, et la première scène se passerait dans un bar de Dubaï. Plan moyen : des prostituées, grandes, blondes, probablement russes. Elles sirotent des cocktails fluo en regardant distraitement par la fenêtre. Extérieur nuit. Des grues pivotent dans le ciel. Les femmes détournent le regard. Plan large : dans un coin faiblement éclairé du bar, deux hommes en dishdasha, la tenue traditionnelle blanche, parlent à voix basse du cours de l’or.
La scène est facile à imaginer. À Dubaï, tout le monde raconte que l’or, dont le commerce est moins réglementé que les valeurs mobilières, permet de blanchir des capitaux d’origine douteuse. Un ancien journaliste américain du Washington Post, Douglas Farah, a même affirmé dans un ouvrage qu’al-Qaida y a investi l’or que les talibans lui ont permis de sortir en douce après l’invasion de l’Afghanistan. Cela expliquerait pourquoi cette ville est un havre de paix dans une région qui passe pour une poudrière : les extrémistes n’auraient aucun intérêt à y organiser des attentats. Pourquoi perturber le marché en bousculant la poule aux œufs d’or ?
Dubaï, un vieux port de pêche, en a vu d’autres : négriers, pêcheurs de perles et profiteurs ont longtemps sillonné la Côte des Pirates. Aujourd’hui, la ville connaît un boum économique inouï. Elle a su mettre à profit sa situation géographique exceptionnelle au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. Son futur aéroport, « mondial » et non pas simplement « international », sera le plus grand de la planète. (Actuellement, le titre revient à celui de Riyad, en Arabie saoudite.) Son port l’est déjà.
Il est loin le temps où la découverte du pétrole et du gaz, dans les années 1950, suscitait l’espoir. Le téléphone a sonné à Dubaï pour la première fois en 1967. Quarante ans plus tard, la ville se vantait de posséder le plus haut gratte-ciel du monde, le Burj Dubai, plus haut encore que la tour CN, à Toronto.
Dubaï a vite compris qu’il ne fallait pas tout miser sur l’or noir. Le pétrole n’y coule déjà plus à flots (il représente 6 % des revenus de l’émirat) et la source pourrait se tarir dans une vingtaine d’années. La nouvelle manne porte deux noms : services — du tourisme à la restauration — et immobilier.
Pour les architectes, Dubaï rime avec Klondike. « On dit que 40 % des grues du monde sont à Dubaï », souligne Sonia Carvalho, jeune architecte portugaise. « Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’en ai bien l’impression. » Elles tournent 24 heures sur 24, car le mot d’ordre est : « faire vite ! » « On vous donne un magot en vous disant : “Vous avez cinq semaines pour nous proposer une tour de 50 étages” », dit Sonia Carvalho.






