Science »

Vivre sans vieillir


6 Mai 2008

Grâce aux percées en génie génétique, en nanotechnologie et en bio-informatique, ce sera bientôt possible, clament des chercheurs. Fumisterie ou espoir fondé ?


J’ai l’étrange impression d’assister à l’assemblée d’une société secrète. Autour de moi, des dizaines d’éminents scientifiques, dont un ancien astronaute de la NASA, un haut responsable de l’armée américaine et un directeur de la recherche d’une multinationale de l’informatique. Officiellement, ils sont là pour réfléchir sur l’avenir des technologies de la santé. Mais ce soir, après une journée d’ateliers et de conférences, ce n’est plus de santé qu’il est question, mais de vie… éternelle.

« Levons nos verres à l’immortalité ! » lance l’invité d’honneur de la soirée, Ray Kurzweil, sous les applaudissements nourris de l’assemblée, réunie par le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), près de Boston. Dans un long discours, le futurologue et inventeur américain, qui a notamment mis au point le lecteur optique à plat et le synthétiseur, vient d’expliquer avec passion pourquoi la mort ne sera bientôt plus une fatalité. Grâce aux progrès spectaculaires en génie génétique, en pharmacogénomique, en bio-informatique et en nanotechnologie, la science « nous donnera sous peu les moyens de ralentir considérablement le processus de vieillissement et, peut-être même, de l’arrêter ». À 60 ans, cet homme petit et frêle n’a d’ailleurs « aucune intention de mourir ». Ni dans 20 ans ni dans 100 ans. « Jamais », dit-il simplement, comme s’il annonçait qu’il fera beau demain.

Dans la salle de conférences, où les esprits commencent à s’émousser sous l’effet du champagne, je semble être un des seuls à relever le caractère pour le moins étonnant de cette affirmation. Même s’ils n’adhèrent pas tous aux propos de Ray Kurzweil, les participants à ce colloque, organisé par le MIT l’automne dernier, ne s’en formalisent pas : il n’est plus inusité, dans certains cercles de scientifiques, d’entendre pareil discours. Qualifié de « penseur visionnaire » par Bill Gates, Kurzweil n’est, après tout, que l’un des nombreux chercheurs du monde — y compris au Québec — à prédire qu’il sera bientôt possible de contrer les effets dévastateurs du temps.

Le plus célèbre d’entre eux, le biogérontologue britannique Aubrey de Grey, participe aussi au colloque. « Il faut se réveiller, vieillir tue », me dit-il calmement, d’une voix émaillée d’un fort accent british. Chaque jour sur la planète, 100 000 personnes meurent de vieillesse, « soit 30 fois le nombre de victimes des attentats du World Trade Center ». Dans les pays industrialisés, la très grande majorité des décès sont attribuables au vieillissement. « Il faut mettre fin à ce film d’horreur, à cette catastrophe humanitaire », insiste-t-il.

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