La ville où j’habite menace de me donner une contravention de 100 dollars si je continue à mettre mes matières recyclables dans un sac transparent plutôt qu’un sac bleu. C’est le règlement. Et je suis une bonne citoyenne. Notre foyer fait même du vermicompostage, oui, madame !

La menace d’amende, qui prend la forme d’un billet dit « de courtoisie » de la Brigade verte — oui, oui, c’est son nom —, ne m’irrite pas moins pour autant. Car mon sac n’est peut-être pas bleu, mais il est transparent, très résistant, et on peut voir qu’il contient du verre et du carton.
Mais bon ! Le gros bon sens ne semble pas régner dans ce pays en matière de recyclage.
Après avoir lu l’enquête de notre collaboratrice Valérie Borde (La grande illusion du recyclage), on peut se demander si on ne devrait pas arrêter cette comédie jusqu’à ce qu’on ait vraiment réfléchi à ce qu’on fait et pourquoi on le fait.
Si c’est la planète qu’on veut sauver, le manque de vision des interventions actuelles est sidérant. C’est à se demander si le slogan des vrais écologistes ne devrait pas être : « Abolissons le recyclage ! » Je blague ? À peine.
On peut se consoler en voyant que nous ne sommes pas les seuls à investir notre énergie écologiste au mauvais endroit. Des villes comme Los Angeles, par exemple, ont doublé la taille de leur parc de camions pour ramasser les ordures et les matières à recycler. Bonjour l’augmentation de la facture d’essence et des gaz à effet de serre ! Surtout quand on veut transporter des déchets sur de longues distances — parfois jusqu’en Chine ou en Inde — et ensuite les transformer.
De petits pays comme le Danemark et la Suisse brûlent la moitié de leurs déchets pour en faire de l’électricité. Ça pollue, évidemment. Mais ça évite d’agrandir les centres d’enfouissement, comme celui de Lachenaie. Et la pile de déchets grossit. Partout dans le monde.
Si nous ne voulons ni enfouir les déchets, ni les brûler, ni dépenser une quantité folle d’énergie coûteuse pour les transformer, il faudra en produire moins ! Donc, consommer moins. Ou mieux.
Comme l'a fait le conseil municipal de San Francisco, cet été, en cessant d'acheter des bouteilles d'eau de format individuel pour ses employés. L'année précédente, la Ville interdisait l'utilisation de sacs plastique dans les supermarchés établis sur son territoire. Une initiative imitée par la ville de Huntingdon, au Québec, en début d'année.
En Ontario, le ville de London a elle aussi interdit la vente de bouteilles d'eau dans les édifices municipaux où l'on trouve des fontaines.
Tous ceux qui ont déjà déballé certains jouets pour enfants littéralement emprisonnés dans des cartons recouverts de plastique moulé, et dont chaque élément est fixé à l’aide de petites attaches de métal, ont dû se demander : « Pourquoi ai-je acheté ça ? »
Si on récompensait fiscalement les entreprises qui s’engagent à récupérer leurs produits — ou leurs emballages —, elles changeraient leur façon de les fabriquer. Faisons en sorte qu’il y ait moins de déchets en intervenant dès la conception des produits. Établissons la consigne universelle de tous les produits non biodégradables. Votre bagnole a rendu l’âme ? Le constructeur doit la reprendre !
Il faut contraindre le résidant un brin inconscient ? D’accord. Mais de façon pertinente. La Ville de San Francisco a tout simplement interdit à ses employés d’acheter de l’eau embouteillée. Autant de bouteilles de plastique de moins à recycler !
Ou bien imposons un « quota » d’ordures, comme on le fait déjà à Kent, en Ohio. Les résidents de cette ville s'engagent — par contrat — à ne pas mettre au chemin plus qu'un certain nombre de sacs à ordures par semaine. Et paient pour le ramassage de ce nombre de sac précis. S'ils en produisent plus, la société privée chargée de la gestion des déchets leur impose un supplément.






