Environnement »

La grande illusion du recyclage



19 Août 2008

Le Québec n'a jamais produit autant de déchets. Et la politique québécoise de recyclage est un échec. Serons-nous vaincus par nos ordures ?


Même Pôpa, le personnage incarné par Claude Meunier dans la série-culte La petite vie, diffusée à Radio-Canada dans les années 1990, y perdrait son latin. Lui qui pourtant adorait jouer avec ses « vidanges » deviendrait dingue devant la liste de ce qu’on peut mettre ou pas dans son bac de recyclage. Une liste qui varie d’une ville à l’autre, voire d’une saison à l’autre !

À Québec, on ne doit pas y placer de sacs plastique. À Sherbrooke, on doit le faire, à condition de les grouper dans un sac. À Montréal aussi… mais en prenant soin d’enlever les coupons de caisse. Certaines municipalités recyclent les plastiques portant les nos 1 à 7, sauf le 6 (le styromousse). D’autres les acceptent tous, avec ou sans symbole. Gatineau et Rivière-du-Loup ne prennent pas ceux qui portent le no 3. Le bac bleu de Sorel est l’un des seuls où l’on peut mettre les appareils ménagers de moins de 2,2 kilos, mais pas les capsules de bière. À Lévis, le bac de recyclage est noir, alors que de l’autre côté du fleuve, c’est la couleur… du bac à ordures. Au secours !

Une fois sa liste démêlée, Pôpa ferait sans doute une syncope en voyant que certains centres de tri remettent un cinquième du contenu du bac… au dépotoir !

Le recyclage repose sur une illusion. Celle qui fait croire qu’en plaçant son bac sur le bord du trottoir on fait un excellent geste pour l’environnement. En réalité, le Québec est à des années-lumière de s’occuper de ses poubelles en suivant les principes du développement durable. La politique sur la gestion des matières résiduelles élaborée par l’État en 1998 est loin d’avoir atteint ses objectifs. Et l’industrie du recyclage est un tel fouillis au Québec qu’on pourrait croire que les règles ont été établies par Réjean, le gendre menteur de Pôpa !

Pour l’instant, la gestion du recyclage ressemble à une énorme dispute entre enfants de maternelle laissés à eux-mêmes. Jamais au cours d’une enquête je n’ai entendu autant de dénonciations off the record et de procès d’intention. Les fonctionnaires chargés d’élaborer et de faire appliquer la politique ? Des incapables ! Les villes, qui organisent la collecte ? Des traîne-savates ! Les contribuables ? Des hypocrites ! Les recycleurs ? Des profiteurs, qui exportent les déchets en Chine sous couvert de bonnes œuvres !

En février dernier, une commission parlementaire a mené une consultation en vue de conseiller le ministère du Développement durable dans l’élaboration d’une nouvelle politique sur la gestion des matières résiduelles, qui devrait être présentée cet automne. La lecture de la cinquantaine de mémoires déposés par les organismes de tout poil concernés par la gestion des déchets donne une idée de l’ambiance : sauf rares exceptions, chacun commence par expliquer qu’il fait de son mieux. Puis montre du doigt celui qui l’embête, avant de demander au gouvernement de sévir. Les bons élèves, car il y en a, sont perdus dans le flot de récriminations.

La première politique portant expressément sur les déchets, en 1989, prévoyait diminuer de moitié avant 2000 la quantité envoyée au dépotoir. Mais elle n’a cessé d’augmenter, l’enfouissement étant toujours, et de loin, la solution la plus économique. La politique suivante, de 1998 à 2008, a aussi manqué son but principal : réduire à la source la quantité de déchets. Chaque Québécois a jeté 404 kilos de résidus en tous genres en 2006, soit 14 % de plus qu’en 2004 !

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