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Chercheur cherche fric


20 Août 2008

« Nos machines coûtent plus cher que des Ferrari ! » dit Sébastien Gignac, PDG d’ART (Advanced Research Technologies), entreprise montréalaise dont les deux produits-vedettes sont un mammographe optique et un appareil d’imagerie optique moléculaire pour tests précliniques. Prix de vente : 750 000 et 300 000 dollars respectivement.

Afin de réaliser ses ambitions, l’entreprise a eu besoin d’un budget digne de la formule 1 : 100 millions de dollars pour financer 12 années de recherche, d’essais et de démarches pour faire homologuer ses appareils et établir son réseau de distribution. « C’est un minimum si on souhaite concurrencer les General Electric de ce monde », dit Sébastien Gignac, qui voit enfin les ventes d’ART augmenter rapidement. Elles atteindront 10 millions de dollars cette année.

Sébastien Gignac a dû composer avec deux difficultés que ne connaissent pas ses concurrents de Boston et de la Silicon Valley.

D’abord, l’absence, au Québec, de fonds destinés à la commercialisation. Les crédits d’impôt à la recherche servent à la recherche, mais pas à financer tous les essais et, surtout, les longues et coûteuses démarches d’homologation d’un appareil médical. « Nous avons dû nous financer presque entièrement hors du Québec, explique Sébastien Gignac. Je fais tout ce que je peux pour conserver des Québécois au conseil d’administration, mais si les actionnaires veulent déménager l’entreprise en Caroline du Sud, nous devrons y aller. »

Ensuite, le Québec utilise mal ses fantastiques budgets de santé comme levier de son secteur médical. L’ex-ministre Claude Castonguay, père de l’assurance maladie, avait également relevé ce problème : la recherche médicale québécoise innove énormément, mais le Québec met trop de temps à adopter ces nouvelles technologies. « Nous construisons deux centres de recherche médicale à Montréal, mais je ne vois aucune stratégie visant à en faire une vitrine technologique sur le monde. »

Réussir son mariage

Les recherches qui enrichiront le Québec seront celles qui marieront pionniers de la recherche et gens d’affaires avisés. C’est ce qu’ont découvert deux chercheurs de la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, John Fairbrother et Éric Nadeau, créateurs d’un vaccin contre le syndrome de dépérissement postsevrage, maladie qui décime des portées de porcelets.

Dès 2001, les chercheurs renoncent à publier leur découverte, comme cela se faisait alors couramment dans les cercles universitaires. Ils choisissent plutôt de passer par le brevet et la commercialisation. Mais il y a loin de… l’auge au groin. Les deux scientifiques ne connaissent rien aux affaires et ne savent pas par quel bout commencer pour trouver du financement, obtenir le brevet, faire homologuer le vaccin au Canada, en Europe, aux États-Unis, et établir les bases de sa mise en marché.

Heureusement, l’Université de Montréal vient de créer une société de commercialisation, Univalor, qui a justement pour mission d’aider les chercheurs à faire fructifier leurs découvertes. Univalor leur offre un premier financement de 400 000 dollars, mais à une condition : qu’ils se trouvent un gestionnaire comme chef de la direction. « Il nous a fallu plus d’un an pour trouver Michel Fortin, spécialisé dans le financement des affaires ! » dit Éric Nadeau. Lui qui croyait que tous les gestionnaires se valaient découvre que tous n’ont pas la fibre entrepreneuriale pour démarrer une affaire dans un créneau très pointu, qui requiert un processus d’homologation complexe et coûteux, une approche commerciale ciblée et une équipe de vente spécialisée.

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