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Listériose: pas de panique !


29 Août 2008

Il est faux de croire qu'une entreprise comme Maple Leaf se fiche de la listeria. Et qui sait que la listeria, quand elle n'est pas fatale, protège contre... la listériose?

Allons-nous tous en mourir ? On pourrait le croire si l’on se fie aux commentaires alarmistes que suscite la contamination d’aliments par la bactérie listeria, qui a déjà causé une quinzaine de décès au Canada. La réponse est non, évidemment.

Faut-il condamner la négligence de Maple Leaf, l’insouciance de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, le laisser-aller de distributeurs qui ne surveillent pas assez la température de leurs frigos, ou l’ignorance des consommateurs qui ne se lavent pas les mains avant et après avoir touché un aliment ? Les enquêtes lèveront peut-être le voile sur certaines pratiques inadéquates. Mais je crois qu’on se trompe de problème.

De plus en plus de spécialistes voient dans l’amélioration de l’hygiène une arme à double tranchant. Selon eux, réduire nos contacts avec les bactéries, pathogènes ou non, nuit au système immunitaire humain. L’augmentation des allergies, notamment, serait une conséquence directe de cette tendance à l’hyper aseptisation. Pourtant, il est prouvé que la listeria, quand elle n’est pas fatale, protège contre… la listériose !

La listeria est, dans le jargon des spécialistes, une bactérie ubiquitaire, c’est-à-dire qu’on la trouve partout : dans le sol, l’eau, les plantes, les animaux, y compris les humains. Selon certaines études, une personne sur 10 serait un « porteur sain ». Vouloir s’en débarrasser totalement et définitivement est donc illusoire. Comme espérer faire disparaître la moindre particule de poussière d’une maison !

Tout ce qu’on peut faire, c’est surveiller le plus étroitement possible les lieux où elle peut se multiplier, et essayer de la coincer avant qu’elle ne se répande. Pour ce faire, l’industrie alimentaire — qui craint la listeria comme la peste — et les chercheurs des labos publics ont mis au point des outils de diagnostic extrêmement précis et des procédures super encadrées. Malgré tout, il faut encore 48 heures minimum pour repérer cette bactérie !

Chez Maple Leaf, les procédures ont-elle été respectées ? Les enquêtes le diront. Mais il est faux de croire qu’une entreprise de cette envergure, qui perdra des millions de dollars dans cette histoire, se contrefiche de la listeria. Y a-t-il assez d’inspections ? Il faudra le vérifier. Mais une chose demeure : il ne peut y avoir un inspecteur derrière chaque tranche de salami ! Sans compter que tout cela coûte très cher : on peut toujours multiplier les tests et vendre la tranche à deux dollars…

Quand une listeria pathogène pointe son nez dans une petite fromagerie artisanale, les dégâts sont mineurs. Quelques personnes intoxiquées, un bon nettoyage, et la vie continue. Mais si elle s’en prend à une énorme usine, c’est la panique ! À l’usine Maple Leaf du chemin Bartor, à Toronto, les deux lignes de production touchées par la listeria ont causé le rappel de près de 200 produits différents. Le nombre de Canadiens qui, au cours des dernières semaines, ont mangé un produit sortant de cette usine est sans doute énorme !

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