Économie »

Y-a-t-il une vie après le pétrole ?


4 Septembre 2008

Le prix du pétrole monte, les consommateurs s’inquiètent. Et si tout cela était, au fond, une formidable occasion de changer l’ordre des choses ?


Ah ! la semaine de quatre jours dont on rêve depuis des années... Elle est devenue réalité pour 17 000 fonctionnaires américains grâce à... la hausse du prix du pétrole ! Le gouvernement de l’Utah, désireux de réduire de trois millions de dollars sa facture annuelle d’énergie, ferme désormais quelque 1 000 immeubles les vendredis. Les employés y trouvent doublement leur compte : non seulement ils économisent les frais de transport d’une journée, mais leur paye est intacte, puisqu’ils font des journées de 10 heures au lieu de 8.

Après ça, on viendra dire que l’augmentation du prix du pétrole est une plaie !

Bien sûr, la montée des prix à la pompe — 1,50 $ le litre à Montréal au début de juillet 2008, contre 1,05 $ un an plus tôt — a des répercussions négatives concrètes, surtout sur ceux qui ne peuvent guère réduire leur consommation — les entreprises de camionnage ou les chauffeurs de taxi, par exemple. Malgré cela, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que cette hausse a du bon.

Les experts avaient beau prédire depuis des années la fin prochaine des réserves de pétrole, et les environnementalistes, sonner l’alarme à propos de la pollution et des effets du gaspillage, les consommateurs n’étaient guère motivés à changer leurs habitudes. Maintenant qu’on touche directement à leur portefeuille, des économistes font le pari qu’ils voudront modérer leurs transports et trouver des solutions de rechange. Quant à l’industrie, elle cherchera de nouvelles sources d’énergie...

Le portefeuille des Québécois ne souffre pourtant pas encore du prix élevé du pétrole, selon Joëlle Noreau, économiste principale à la Fédération des caisses Desjardins du Québec. « La hausse des dépenses des ménages causée par le prix de l’essence équivaut à peu près à l’argent que nous épargnerons cette année grâce à la baisse de la TPS et des impôts », dit-elle. Par ailleurs, l’augmentation de salaire moyenne de cette année compense l’inflation, qui a atteint 3,1 % en juin dernier — un sommet depuis l’automne 2005. Bref, jusqu’à maintenant, c’est kif-kif.

Mais les Québécois sont loin de sentir que c’est du pareil au même !

Lorsque le prix du litre d’essence a franchi la barre d’un dollar, l’an dernier, Carol Bouchard a levé le pied. Depuis, il limite sa vitesse à 110 km/h, utilise le plus possible son régulateur de vitesse et réduit au minimum l’usage de la climatisation. En modifiant ainsi son comportement routier, il a réussi sans grand effort à diminuer de 25 % sa consommation d’essence. « C’est 80 dollars de moins que je donne aux sociétés pétrolières chaque mois ! » constate-t-il. L’équivalent d’une petite épicerie.

Il n’est pas le seul à avoir ralenti, estime-t-il. « À 110 km/h, je dépasse beaucoup de monde qui roule encore plus lentement que moi. Je n’ai jamais vu ça », dit ce travailleur social de Morin-Heights.

En fait, près des trois quarts des automobilistes québécois ne conduisent plus comme avant, selon CAA-Québec, qui tire cette donnée d’un sondage Internet mené en mai auprès de ses membres. La majorité des 2 700 personnes interrogées ont affirmé avoir ralenti, limité leurs déplacements ou troqué leur voiture contre le vélo ou le transport en commun.

Et ces nouvelles habitudes sauveront des vies, croient Paul Leigh et Estella Geraghty, spécialistes américains de la santé publique, affiliés à l’Université de Californie à Davis. Dans leur étude, publiée en mars 2008 dans le Journal of Occupational and Environmental Medicine, ils démontrent qu’une augmentation de 20 % du prix de l’essence à la pompe se traduit aux États-Unis par près de 2 000 décès de moins dans des accidents de la route.

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