Les fillettes de neuf ans seront vaccinées cet automne contre le virus du papillome humain, qui se transmet surtout par voie sexuelle. L’initiative a été accueillie par une pluie de critiques et un tonnerre d’applaudissements. Qui a raison ?

Qu’est-ce que le VPH ?
— Le virus du papillome humain (VPH) est l’un des plus répandus chez les humains. Une quarantaine de types de VPH touchent les muqueuses de la zone anogénitale. Ils sont alors transmissibles sexuellement et, dans de rares cas, de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement. Le condom ne protège qu’en partie.
En Amérique du Nord, plus de deux personnes sur trois seront infectées par un VPH au cours de leur vie, souvent dès l’adolescence. Heureusement, au moins neuf fois sur dix, le virus passe inaperçu et disparaît en quelques mois.
Pourquoi vacciner des fillettes de neuf ans ?
— À cet âge, les fillettes n’ont encore eu aucun contact avec le VPH et le vaccin semble plus efficace à ce moment que plus tard. « C’est comme pour le vaccin contre l’hépatite B, qu’on donne depuis des années », soutient Monique Landry, médecin-conseil au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, en réponse aux groupes qui craignent qu’on ne sensibilise trop tôt les fillettes à la réalité des MTS. Elles recevront deux doses espacées de six mois et une troisième, cinq ans plus tard. En guise de rattrapage, on vaccinera aussi, mais seulement pendant quatre ans, les filles de 3e secondaire.
Quel lien y a-t-il entre VPH et cancer ?
— Compliqué ! Quand le virus ne disparaît pas tout seul, il peut, après plusieurs années, finir par provoquer un cancer. Presque tous les cancers du col de l’utérus sont ainsi causés par le VPH. Beaucoup plus rarement, il cause aussi d’autres cancers, par exemple ceux de l’anus, du pénis ou de la vulve.
Quinze types de VPH sont cancérigènes. Sept fois sur dix, le virus à l’origine du cancer du col de l’utérus appartient au type 16 ou 18. Au Québec, près de 300 femmes contractent chaque année cette maladie et 80 en décèdent. Les femmes pauvres sont de loin les plus touchées. Leur système immunitaire est affaibli par de mauvaises conditions de vie et elles sont moins nombreuses à passer régulièrement le test de Papanicolaou — le fameux frottis vaginal ou « Pap test » —, qui permet de repérer des lésions précancéreuses que l’on peut ensuite traiter avant qu’elles dégénèrent.
La papillomatose laryngée, maladie grave qui peut survenir à la suite d’une infection pendant l’accouchement, touche environ trois nouveau-nés sur 100 000. Les enfants atteints subissent en moyenne 13 interventions chirurgicales étalées sur plusieurs années avant d’espérer en être débarrassés.
Les condylomes, causés neuf fois sur dix par les souches 6 et 11 de VPH, sont plus fréquents : de 20 000 à 25 000 Québécois se font traiter chaque année. Faire enlever ces verrues n’est pas une partie de plaisir...
Le vaccin est-il efficace ?
— L’efficacité du vaccin Gardasil, fabriqué par le géant américain Merck, est peu contestée : la quasi-totalité des femmes vaccinées lors des études ont présenté une forte réaction immunitaire, signe que leur organisme était prêt à fermer la porte au virus. Le Gardasil a été approuvé dans 103 pays ces dernières années, dont le Canada, en 2006.
Mais le Gardasil ne protège que contre quatre types de VPH, à savoir les types 6, 11, 16 et 18. Il ne prévient donc pas tous les cancers ni les condylomes. Même vaccinées, les femmes doivent continuer à passer des frottis pour déceler toute anomalie. « On craint que le vaccin ne donne un faux sentiment de sécurité aux jeunes filles », déplore Nathalie Parent, coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances, qui s’oppose à la campagne de vaccination et préférerait qu’on consacre plus d’argent à la promotion du test de Papanicolaou et à l’éducation sexuelle.






