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Attention, voici Chapleau !


7 Octobre 2008

Que serait une campagne électorale sans les caricatures mordantes de Chapleau et les commentaires décapants de Gérard D. Laflaque ? Portrait d’un artiste qui a su jeter un pont entre la presse écrite et la télé.

Illustration de Serge Chapleau

Je connais Serge Chapleau depuis ma 6e année du primaire. En vidant la maison familiale, il y a quelques années, j’ai retrouvé intacts mes vieux scrapbooks. Sur les pages jaunies par le temps, j’ai redécouvert les caricatures couleur grand format de Chapleau que Perspectives, le supplément hebdomadaire de La Presse, publiait dans les années 1970. Gilles Vigneault, Jean Drapeau et tous les autres personnages du temps y étaient rassemblés. Je découpais la page et je la collais minutieusement dans mon grand cahier, avec la patience du collectionneur. Je mettais toujours trop de colle LePage et le papier gondolait.

J’ai vu le grand Chapleau « en personne » pour la première fois à la fin des années 1980, au Devoir. J’avais eu le temps de devenir journaliste. Il avait quant à lui quitté depuis longtemps Perspectives, qui n’existait plus, au fait. Le caricaturiste avait publié ses dessins dans le quotidien Montréal-Matin, dans les magazines Nous et L’actualité. Il avait aussi bourlingué à souhait, poussant sa bohème jusqu’à accompagner Plume Latraverse à l’harmonica. Et il avait entre-temps créé un personnage qui allait devenir célèbre, une marionnette en caoutchouc du nom de Gérard D. Laflaque. Ce grognon à l’humour décapant, cet ennemi juré de la langue de bois — elle sévissait déjà à l’époque — avait fait un malheur à Radio-Québec avec la Minute et quart à Gérard, avant de déménager à TVA, à l’émission Casse-tête. Puis, il s’est effacé. Il reste quelques traces de ces prestations télévisées dans YouTube.

« En nous virant, on m’a dit, à Radio-Québec [aujourd’hui Télé-Québec], que notre concept ne répondait pas à la mission éducative de la chaîne. Dans les faits, c’est parce que les commentaires politiques de Gérard D. Laflaque dérangeaient que la direction a mis fin à la série. Quand on a été chassés des ondes, il y a eu une manifestation », raconte-t-il.

Au Devoir, au début des années 1990, j’étais souvent celui qui allait faire « approuver » la caricature de Chapleau par la directrice. Je n’oublierai jamais la fois où il avait dessiné Sylvie Fréchette brandissant le majeur à l’extérieur de l’eau. C’était au moment des Jeux de Barcelone, en juillet 1992, quand la nageuse avait été victime d’une erreur de la juge brésilienne. Les lecteurs du Devoir n’ont jamais eu la chance d’apprécier ce dessin, pas plus qu’ils n’ont pu voir celui montrant le pape recouvert d’un condom, lui aussi mort dans le bureau de la directrice.

 

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