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Tueurs en Syrie


8 Octobre 2008

Dans La coquille, l’écrivain Moustapha Khalifé décrit la prison et les camps syriens, ses bourreaux et ses leçons de vie.

On entre dans sa Coquille en se disant que l’auteur exagère. D’accord, Moustapha Khalifé a fait 14 ans de prison en Syrie. Il a été torturé et a été témoin de tortures. Mais quelque chose en nous résiste, hésite à le croire. Les bourreaux ne sont quand même pas allés jusque-là ? Nul besoin de vous livrer les détails. Puis, on pense à Si c’est un homme, le récit que le Juif italien Primo Levi a écrit sur les camps de concentration allemands. Un gardien lui avait dit à l’époque qu’il pourrait survivre, qu’il pourrait même raconter ce qu’il a vu, mais que personne ne le croirait jamais. Et on replonge dans La coquille : Journal d’un prisonnier politique en Syrie (Actes Sud) en donnant le bénéfice du doute à son auteur.

 

Ce dernier est attablé à la terrasse d’un hôtel d’Abu Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, où il s’est exilé en 2006. Khalifé penche sa tête grise sur une gitane à laquelle il a ajouté un filtre en plastique. Il parle de la prison à voix basse, avec pudeur. Il ne donne pas spontanément l’impression d’avoir été brisé par la prison, contrairement au narrateur de son livre. L’éditeur Actes Sud a donné un sous-titre très — peut-être trop — explicite à ce roman. Car il s’agit bien d’une autofiction qui fait des allers-retours entre le vrai et le faux. Pour s’y retrouver, il suffit de retenir que l’essentiel est vrai et que l’accessoire est faux, que les détails de la vie carcérale, le désespoir, l’absurde sont véridiques, que l’intrigue — l’arrestation presque cocasse d’un Syrien rentrant d’exil — ne l’est pas.

Pourquoi ne pas avoir écrit un essai ? « Lorsque la réalité est si proche de l’irréel, il n’y a pas beaucoup d’espace entre la fiction et la non-fiction », dit Khalifé.

Il parle peu, une vieille habitude qui remonte à l’époque où, militant communiste, il vivait dans la semi-clandestinité. « Même mes amis me reprochent de ne pas avoir de conversation », souligne-t-il. Son bouc dissimule un sourire. Khalifé préfère la compagnie de ses anciens compagnons. « Certains d’entre nous ont perdu la capacité de faire partie de la société. Je ne me sens pas tout à fait à l’aise avec les gens qui n’ont pas connu la prison. Ce n’est pas de leur faute. Chaque prisonnier porte en lui une petite prison jusqu’à la fin de ses jours. »

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