Ils font mieux que la moyenne en français. Dans une région où règne le franglais. Quelle est la recette des élèves de Sieur-de-Coulonge, en Outaouais ?

Photo: Yves Beaulieu
À Fort-Coulonge, village de 1 500 âmes situé à quatre heures de route de Montréal, les Cowboys Fringants, Éric Lapointe et Ariane Moffatt ne sont pas des vedettes. On peine à trouver leurs albums chez les disquaires ou dans les magasins à grande surface du centre urbain le plus proche. Il faut dire que celui-ci — Pembroke, 14 000 habitants — se trouve en Ontario... « Certains jeunes ne connaissent aucun chanteur québécois ! » dit Lucie Baril, enseignante de 3 e secondaire à l’école Sieur-de- Coulonge.
Le Pontiac, au cœur de vastes terres agricoles et forestières longeant la rivière des Outaouais, abrite de nombreux villages dont les noms — Portage-du-Fort, Rapides-des-Joachims… — évoquent l’époque des coureurs des bois et des commerçants de fourrures. À Fort-Coulonge, l’école secondaire porte d’ailleurs le nom de celui qui a fondé, en 1694, le premier fort aux abords de la rivière Coulonge.
L’école secondaire Sieur-de-Coulonge dessert 18 petites municipalités, dont L’Isle-aux-Allumettes, L’Île-du-Grand-Calumet, mais aussi Shawville, Camp bell’s Bay, Mansfield-et-Pontefract... Près du tiers des 400 élèves sont nés d’unions entre francophones et anglophones et ont pour langue maternelle l’anglais. L’établissement a néanmoins obtenu en 2006-2007 une note moyenne de 74,2 % aux examens officiels de français, contre 71,4 % pour l’ensemble des écoles francophones du Québec. Un tour de force dans une région à l’accent franglais !
La petite école fait des miracles au quotidien. Elle figure parmi les 15 établissements du Québec qui contribuent le plus au succès de leurs élèves, selon l’indicateur d’impact du Portrait (voir « Un nouveau palmarès ! »). Malgré les difficultés (28 % d’élèves en retard, 22,1 % de familles à faible revenu, scolarité moyenne de la mère de 12,1 ans), son taux de promotion s’est élevé à 79,6 % en 2006-2007. Elle se classe même 159 e au palmarès, si on tient compte des seuls résultats aux examens officiels. Un bond de 198 rangs en trois ans !
Pour préserver la culture francophone, la direction de Sieur-de-Coulonge interdit aux élèves de parler en anglais — sauf lors du cours de langue seconde. Elle joue aussi au CRTC : au moins 60 % de la programmation musicale de la radio scolaire, diffusée dans la petite agora, doit être en français ! « On songe à augmenter ce pourcentage à 70 % », dit le directeur, Denis Rossignol, grand barbu de 42 ans qui porte un polo blanc, l’un des vêtements obligatoires dans l’établissement. Les enseignants se mettent aussi de la partie. Certains font jouer de la musique francophone en classe, durant les exercices. Lucie Baril, elle, demande à ses élèves de 3 e secondaire de faire découvrir à leurs camarades un chanteur québécois.
Gatineau (« la ville », comme on la surnomme ici) n’est qu’à 115 km, mais elle semble bien loin des belles chutes de la rivière Coulonge, qui se déverse dans l’Outaouais. « Certains élèves n’y ont jamais mis les pieds », dit France Lagarde, 34 ans, directrice adjointe. Les jeunes devront pourtant s’y exiler pour poursuivre leurs études au collégial et à l’université. D’autant que les emplois payants, dans l’industrie du bois, ne sont plus. De nombreux pères, d’anciens travailleurs forestiers, quittent le nid familial pour aller trimer dans les mines de l’Ontario ou en Alberta.
« Cela crée de l’instabilité familiale, ce qui a un effet sur les jeunes », dit Denis Rossignol. Un obstacle de plus dans un milieu défavorisé, qui les cumule…






