L’une est publique, l’autre privée. L’une est ouverte à tous, l’autre… aussi ! Visite à La Pocatière et à Beauport, dans deux des 10 meilleures écoles secondaires qui ne sélectionnent pas leurs élèves.

Photo: Louise Bilodeau
Perché sur une colline feuillue, couronné de clochers et dominant une mosaïque de champs cultivés, l’imposant édifice de pierre offre au regard le fleuve Saint-Laurent et, au-delà, les montagnes de Charlevoix. Le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière accueille 620 élèves, dont 90 pensionnaires. On entre dans cet établissement privé par une belle porte de bois, donnant sur de vastes corridors aux murs lambrissés.
Juchée sur les contreforts des Laurentides, la grande polyvalente horizontale offre une vue spectaculaire sur l’île d’Orléans, Lévis et Québec, les porte-conteneurs chargés sillonnant le fleuve et, au-delà, la chaîne des Appalaches. L’école de la Seigneurie, à Beauport, reçoit 1 400 élèves de la 3 e à la 5 e secon daire. On y entre par des vestiaires bondés et très colorés, aux murs débordant de messages. Entre autres, la photo d’un élève mort accidentellement, il y a un an, auquel on rendra un hommage silencieux après la récré.
Ces deux établissements partagent beaucoup plus que leurs vues sur le fleuve. Ils figurent parmi les 10 meilleures écoles secondaires qui ne sélectionnent pas leurs élèves — contrairement aux 62 premières du classement.
Dans cette nouvelle catégorie s’illustrent des écoles déjà présentées dans L’actualité à l’occasion des précédents palmarès. Autant d’établissements qui prouvent que l’on peut obtenir une bonne performance sans choisir au départ les meilleurs élèves. La recette, cependant, est chaque fois unique.
Ainsi, le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière mise sur la tradition et le sentiment d’appartenance. Il a été fondé en 1829 par Charles-François Painchaud, curé aux idées révolutionnaires pour son temps : l’école, catholique et supervisée par l’évêché, ne refuserait aucun protestant ; les garçons n’y seraient « astreints à aucun costume particulier, soumis à aucun châtiment corporel ni à aucune punition humiliante », écrivait-il dans son manifeste fondateur. Et on y dirigerait leurs « talents particuliers » avec l’objectif d’en faire non pas de grands savants, mais des hommes qui sachent vivre et se rendre utiles.
Refus de l’élitisme ou nécessité économique, la même philosophie semble avoir cours en 2008. Des jeunes qui arrivent en 1 re secondaire, on exige qu’ils aient réussi leur primaire et qu’ils aient « le goût du travail », sans plus.
La concurrence est vive, avec une polyvalente située à trois rues de là, un programme d’éducation internationale et un collège privé à Rivière-du-Loup, à une heure de route. Les élèves viennent souvent de loin. « Nous offrons donc le transport, explique le directeur, Richard Bernier. Nos autobus roulent au moins 130 km par jour, jusqu’à Montmagny, Saint-Jean-Port-Joli ou Saint-Pascal. Les fins de semaine, nous reconduisons des pensionnaires jusqu’à Matane ou Rimouski. »
Davantage que le site Web et les portes ouvertes, c’est la force du passé qui attire les élèves, explique le directeur. « De nombreux parents ont étudié ici, ils connaissent et apprécient les programmes dirigés, l’enthousiasme d’une équipe-école jeune et l’encadrement. »
Le code vestimentaire semble pourtant bien relax. Pour les garçons et les filles (le collège est mixte depuis 1964), l’uniforme se limite à un polo, mais jeans, casquettes, tatouages et piercings sont interdits, tout comme les chaussures sport. « Cela dit, si tu passes trop de temps à leur regarder les pieds, tu ne leur regardes pas les yeux, dit Richard Bernier. Ils ont besoin de se distinguer… » On interdit cependant aux pensionnaires, comme aux 300 externes qui voyagent quotidiennement, de sortir s’épivarder en ville le midi.





