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Sale temps pour les directeurs



22 Octobre 2008

Imaginez un chef d'entreprise doté d'un budget lilliputien, qui ne peut choisir ses employés ni concrétiser ses idées sans d'abord les soumettre au vote d'un comité...

Photo: Yves Beaulieu
Photo: Yves Beaulieu

Imaginez un chef d'entreprise doté d'un budget lilliputien, qui ne peut choisir ses employés ni concrétiser ses idées sans d'abord les soumettre au vote d'un comité...

Mille six cents jeunes se ruent dans les couloirs, et les surveillants ne sont pas prêts. Les enseignants ont ouvert les portes 10 minutes avant la fin des classes: moyen de pression surprise en période de négociations syndicales. Le directeur de l'école Joseph-François-Perrault de Montréal (142e rang) interrompt la discussion, prend son walkie-talkie. "Tout le monde à son poste, je m'occupe du hall 2C." Il disparaît en coup de vent... puis revient aussitôt à son bureau. "Suivez-moi, dit-il, nous ferons l'entrevue en marchant."

Benoît Bussière, bel homme énergique de 51 ans, marche vite. Dans un brouhaha d'élèves colorés - blancs, noirs, bruns et jaunes -, il parle de son programme de prévention du décrochage, sa fierté. Une cinquantaine d'élèves en difficulté ont été transférés dans des locaux prêtés par la commission scolaire, juste au bout de la rue. Quatre enseignants les ont accompagnés. "C'est devenu une famille. Ces jeunes ont toute l'attention des enseignants et ne sont plus déconcentrés par les autres élèves", dit le directeur. Et leurs résultats se sont améliorés.

L'école de Benoît Bussière est au coeur de Saint-Michel, quartier montréalais pas très riche peuplé d'Haïtiens et de familles monoparentales, défiguré par le boulevard Métropolitain et les usines de vêtements. Des gangs de rue rôdent le soir dans le parc derrière l'école. Benoît Bussière a tout vu. Il y a deux ans, il a aidé trois élèves en fin de secondaire à se sortir d'un réseau de prostitution juvénile...

Benoît Bussière a de grandes responsabilités. Mais comme tous les directeurs d'école du réseau public, il a peu de pouvoirs. Imaginez un chef d'entreprise doté d'un budget lilliputien, qui ne peut choisir ses employés, qui ne peut non plus concrétiser ses idées sans d'abord les soumettre au vote d'un comité, et vous aurez un aperçu de la situation d'un directeur d'école. Quoi qu'il arrive, il est le grand responsable. "S'il y a un problème dans l'école, c'est lui qu'on blâme", dit Serge Morin, président de la Fédération québécoise des directeurs et directrices d'établissement d'enseignement (FQDE).

Les directeurs d'école sont des acrobates. Ils doivent jongler avec la commission scolaire, les enseignants, le syndicat, les parents, le ministère de l'Éducation. "Vous pourriez avoir d'excellents enseignants, mais si vous n'avez pas un bon directeur pour tout coordonner, l'école va mal fonctionner", dit Guy Pelletier, professeur de gestion de l'éducation à l'Université de Sherbrooke, qui a formé de nombreux directeurs ces 20 dernières années.

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