Fini l'époque où l'école la plus proche était la seule possible pour son enfant. Les établissements publics se font une chaude concurrence à coups de programmes particuliers et de champs d'études variés. Même au primaire!

Sceptique sur la qualité de l'école élémentaire de son quartier, Séverine Boitier, de Montréal, a visité de nombreux établissements scolaires durant la dernière année de garderie de sa fille, Philomène. "Je ne voulais pas me tromper!" Le privé la tentait, mais les droits de scolarité étant trop élevés pour son budget, elle a finalement opté pour l'école internationale publique Saint-Barthélémy, dans le quartier Saint-Michel, où les enfants sont triés sur le volet après un test d'admission. À cinq ans.
Quel parent n'a pas déjà été assailli par le doute au moment de choisir une école? N'aurait-il pas dû, à l'instar de Séverine Boitier, faire passer à son enfant des tests pour qu'il entre dans une école internationale ou privée? N'y aurait-il pas eu lieu d'essayer une école alternative?
Fini le temps où l'on ne se posait pas de questions et où l'école du quartier était la seule envisageable. Aujourd'hui, surtout dans les grands centres urbains, on a l'embarras du choix - dès la maternelle! C'est même devenu dans certains cas un vrai casse-tête. Sur les 3 300 écoles du Québec, environ 400 offrent un ou plusieurs programmes particuliers, ce qui fait un éventail de plus de 700 programmes différents, selon le ministère de l'Éducation.
Au primaire, les programmes axés sur les langues (notamment l'enseignement intensif de l'anglais, offert dès la 3e année) sont les plus courus; au secondaire aussi, avec les arts (option musique surtout), les programmes d'éducation internationale et les sports. N'y accède cependant pas qui veut: imitant les meilleurs établissements privés, de plus en plus d'écoles publiques sélectionnent leurs élèves - en fonction du dernier bulletin, d'un test d'admission ou des deux. C'est une tendance que constate Marie-Josée Legris, directrice générale du cabinet de consultation Brisson, Legris et Associés, qui conçoit des examens de sélection pour les établissements scolaires et qui évalue 25 000 élèves par an: sa clientèle, qui, dans les années 1970, n'était formée que de collèges privés, croît de 10% par année.
La multiplication des programmes, apparue dans le réseau public depuis une quinzaine d'années, est directement liée à la concurrence des établissements privés, explique Jocelyn Berthelot, chercheur en éducation à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), laquelle a effectué une étude sur le sujet. "Les écoles publiques y ont vu un moyen de freiner l'exode de leurs élèves vers le réseau privé."
Ces mesures sont d'autant plus nécessaires que les effectifs s'amenuisent - dénatalité oblige. Leur financement étant lié au nombre d'inscrits, les établissements rivalisent entre eux pour en avoir le plus possible. La compétition fait rage non seulement entre les réseaux privé et public, mais aussi entre les écoles publiques. "Une question de survie", note le Conseil supérieur de l'éducation dans un avis rendu au ministère de l'Éducation en janvier dernier.






