Société »

L' effet palmarès


22 Octobre 2008

Des écoles publiques font de la pub, des établissements privés se concurrencent, le MEQ peaufine ses méthodes d'évaluation: décrié ou célébré, le palmarès annuel de L'actualité fait des vagues...

Photo: Louise Bilodeau
Photo: Louise Bilodeau

Depuis 15 ans, les parents de Sainte-Foy n'étaient plus conviés, à la rentrée, à découvrir l'école secondaire publique de leur quartier. "On ne sait pas trop pourquoi on avait arrêté ça", admet le directeur de l'école de Rochebelle, Guy Dumais. Mais la journée portes ouvertes a été relancée en septembre 2001, un an après la parution du premier Bulletin des écoles secondaires du Québec. "On a senti le besoin de mieux communiquer avec les parents, de faire voir que nos professeurs sont excellents et notre encadrement aussi rigoureux qu'ailleurs", explique Guy Dumais.

Adversaires et partisans en conviennent: le Bulletin des écoles secondaires a secoué le milieu de l'éducation. Deux ans plus tard, ses répercussions continuent de se faire sentir, tant dans les écoles privées que publiques.

Selon Guy Dumais, le Bulletin n'est pas totalement étranger à la renaissance de l'offensive de charme des écoles publiques. Cette année, la Commission scolaire des Découvreurs, à laquelle appartient la polyvalente de Rochebelle, a doublé son budget consacré à la publicité et au marketing. La famille de chaque enfant qui termine son cours primaire reçoit un cahier de promotion vantant les "bons coups" des écoles publiques de la région: mise en place d'un programme international, d'un volet sciences-études... On diffuse aussi des publicités dans les journaux locaux et à la radio. Coût de l'opération: 100 000 dollars.

"Le palmarès nous fait chaque année l'effet d'une grande claque sur la gueule!" dit en riant Claude Dugas, directeur de l'école secondaire Monseigneur-Richard, à Verdun (367e au classement). "Et c'est très bien. Ça fouette. Nous nous remettons en question, nous révisons nos approches avec nos élèves. Notre taux de décrochage est de 44%. Nous ne ferons pas de miracle, mais nous pouvons peut-être faire un tout petit peu mieux."

En septembre dernier, Monseigneur-Richard a acheté une pub de deux pages dans le journal de quartier pour faire la promotion de ses "nombreux services de récupération" et de son "important programme de récompenses". "Notre commission scolaire nous poussait dans le dos pour qu'on mette en valeur nos points forts", ajoute Claude Dugas.

À 900 km de là, à Paspébiac, en Gaspésie, Réal Horth ne trouve "jamais bien drôle" lui non plus le jour de la parution du palmarès. Le directeur de l'école polyvalente de Paspébiac (également 367e au classement) accorde tout de même du bout des lèvres une certaine utilité au Bulletin. "Il réveille les gens. Des parents qui ne s'intéressaient pas à l'école appellent nos enseignants. Ils ont soudain envie d'en savoir plus sur l'attitude et le rendement de leur enfant. Ça ouvre le dialogue."

Perte de temps magistrale plutôt, estime André Caron, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec. "Avez-vous idée des heures passées par les directeurs et les enseignants à justifier auprès de chaque parent le rang de leur école au palmarès? C'est loin d'être constructif. D'autant plus que toute cette information est déjà accessible. Les parents qui veulent prendre le pouls de leur école n'ont qu'à consulter les plans de réussite. Tout y est."

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage