«Un enfant musulman, ça n'existe pas. Un enfant chrétien non plus.» Richard Dawkins, biologiste, le rappelle dans son essai Pour en finir avec Dieu, car il est évident que nous sommes tous, sur le plan religieux ou politique, les produits d’un certain endoctrinement.
Nous avançons dans la vie avec des constructions mentales imposées. Le chrétien de l’Arkansas qui croit détenir la vérité, s’il était né en Afghanistan, défendrait l’islam comme la seule vraie religion. À entendre les immigrés, il semble même plus facile de quitter son pays que d’abandonner la religion de ses parents.
Pourtant, écrit Jean-Claude St-Onge dans un manuel de philo du niveau collégial, les adolescents québécois interrogés en 1997 se sont pour la majorité déclarés athées ou agnostiques. La société québécoise, devenue adulte et respectueuse, n’impose plus la foi de ses ancêtres à ses enfants. Si la moitié des jeunes souhaite qu’existe une forme de vie après la mort, l’autre moitié n’y croit plus. Qui est-ce que cela inquiète?
Peut-être Jacques Languirand, qui s’est associé à Jean Proulx pour nous entretenir d’un «Dieu cosmique», en utilisant Einstein comme paravent. Il y aurait en nous une «religiosité naturelle» qui répondrait au besoin d’enchantement du monde. En somme, si nous avons un désir de fées et de croyance, autant lui donner une apparence de discours scientifique. Einstein, insistent les auteurs, était «profondément humain» et aussi «profondément religieux». Profondément religieux?
«Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était, bien sûr, un mensonge qui est systématiquement répété. Je ne crois pas en un Dieu personnel, et loin de m’en cacher, je l’ai exprimé clairement. S’il est en moi une chose qu’on peut taxer de religieuse, c’est mon admiration sans limites pour la structure du monde, dans la mesure où notre science peut la révéler.»
Einstein n’a pas dit autre chose, mais Languirand et Proulx nous invitent en son nom à espérer l’existence d’un «Dieu cosmique». Avec le même Einstein, Richard Dawkins s’évertue, au contraire, à prouver que toute religion est irrationnelle et source de conflits. Il rappelle que les guerres «civiles», depuis le début des temps, ne sont que guerres de religion.
Einstein peut être citéà toutes les sauces, parce qu’il définissait le religieux comme un sentiment d’émerveillement devant l’Univers. Dans leur bréviaire du divin cosmique, Languirand et Proulx invoquent la recherche du sens de la vie et la peur qui nous habite. Après un détour par Darwin et Monod (qui ne croyaient ni à une religion «naturelle» ni à un Dieu cosmique), ils en viennent aux élucubrations chrétiennes d’un Teilhard de Chardin ou de son fils spirituel bouddhiste, Mathieu Ricard. C’est confondre la méthode scientifique et le discours de l’espérance — nous voilà loin du père de la relativité.
Mais il y a plus déconcertant encore: comment expliquer que les créationnistes américains croient que la Terre a été créée il y a 6 000 ans? C’est bien des années après l’invention de la bière! Comment les catholiques peuvent-ils parler de monothéisme quand ils proposent trois personnes en Dieu, la Vierge Marie et 5 210 saints à invoquer? Comment peut-on croire aux miracles, c’est-à-dire que «Dieu» va suspendre les lois universelles pour plaire à un individu? Comment peut-on concevoir un Être à la fois omniscient et omnipotent? S’Il sait tout, voit tout et peut tout, pourquoi a-t-Il laissé mourir, par exemple, les Japonais à Hiroshima?





