Devant la dérive autoritaire des chefs de parti, les électeurs se désintéressent peu à peu de la politique, déplore le politologue Donald Savoie. Qui propose des solutions pour renverser la vapeur.
Comme l’ensemble de la planète, le Canada tout entier a vibré au rythme des élections américaines et a applaudi la victoire historique du candidat démocrate Barack Obama. Les électeurs canadiens sont toutefois nettement moins enthousiastes à l’égard de leurs propres politiciens, constate le politologue Donald J. Savoie, de l’Université de Moncton. Titulaire d’une Chaire de recherche du Canada en administration publique et en gouvernance, il dénonce la dérive autoritaire des chefs de parti, qui se comportent de plus en plus comme des monarques. La solution ? « Réformer notre système politique ! » L’actualité a joint Donald Savoie à son bureau de l’Université de Moncton.
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Stephen Harper et Jean Charest ont justifié leur décision de déclencher des élections par le besoin d’avoir un mandat fort pour affronter la tempête économique. Qu’en pensez-vous ?
— Ils ont déclenché des élections parce que le moment leur était propice. Tant Harper que Charest savent qu’ils risquent d’affronter une situation économique difficile en 2009. Ils ont profité de la faiblesse de l’opposition pour marquer des points, pas pour lutter contre la crise ! De telles décisions électoralistes contribuent à nourrir la désillusion grandissante des électeurs.
Est-ce que ça explique, en partie, le déclin du taux de participation des électeurs canadiens et québécois ?
— Oui, mais ce déclin est aussi dû au manque d’enthou siasme soulevé par nos leaders politiques. Aux dernières élections fédérales, le taux de participation était d’environ 59 % et il ne sera sans doute pas beaucoup plus élevé aux élections du 8 décembre au Québec. Pourquoi les Américains se sont-ils rendus si nombreux aux urnes ? Parce qu’Obama a su électriser des millions d’électeurs. Au Canada, il y a très longtemps qu’on n’a pas vu de leaders inspirants. Le dernier à avoir eu un effet à la hausse sur le taux de participation était probablement Pierre Trudeau. Si on avait un Obama au Canada, le taux de participation grimperait.
Les Québécois iront bientôt aux urnes pour la troisième fois en moins de trois ans. Notre système condamne-t-il nos élus à gérer à court terme ?
— Oui. Ce phénomène n’est toutefois pas propre au Canada. On l’observe aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France, pour ne nommer que quelques pays. Et il est dû, en partie du moins, aux journalistes comme vous ! Les médias ont une influence extraordinaire sur les politiciens, qui veillent à ce que les manchettes du jour ou du lendemain leur soient favorables, et qui y consacrent énormément d’énergie. Ces derniers ne pensent plus à long terme, parce que le cycle rapide des sondages et des nouvelles nous plonge, dans les faits, dans une campagne électorale quasi perpétuelle.


