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Mon reportage carboneutre


2 Décembre 2008

Déterminée à compenser la pollution générée par ce voyage à Lille, notre journaliste a frappé à la porte de plusieurs organismes. Chacun calculait différemment...

Lors de la dernière campagne électorale fédérale, tous les chefs, sauf Stephen Harper, ont voulu compenser les émissions de gaz à effet de serre engendrées par leurs déplacements en donnant de l’argent à des organismes qui financent des technologies propres ou du reboisement. Être « carboneutre » est à la mode. Mais est-ce efficace ? Mon séjour à Lille, pour assurer la couverture d’un forum sur l’économie responsable, m’a donné l’occasion de tenter de réaliser un reportage carboneutre…

Première étape : choisir un organisme de compensation parmi les dizaines dans le monde qui proposent leurs services dans Internet. « Optez pour un programme dont les activités sont reconnues par des autorités indépendantes, qui tient un registre public et offre des garanties », conseille Claude Villeneuve, titulaire de la chaire en écoconseil de l’Université du Québec à Chicoutimi. Une garantie pourra consister, par exemple, à s’engager à remplacer les arbres plantés qui ne survivront pas.

Au Québec, l’organisme sans but lucratif Planetair domine le marché, avec près de 5 000 tonnes de carbone compensées en 2007 — l’équivalent de ce qu’émettent environ 1 600 voitures pendant un an. C’est à lui que le NPD et le Bloc québécois ont versé de l’argent pour compenser les émissions qu’ils ont produites lors de la dernière campagne électorale, tout comme le font l’Association des joueurs de la Ligue nationale de hockey et les Alouettes de Montréal. Planetair verse ensuite les fonds recueillis dans des programmes favorisant la production d’énergie renouvelable dans les pays du Sud : minicentrale hydroélectrique en Indonésie, centrale à la biomasse en Inde, éoliennes à Madagascar…
Air Canada, de qui j’ai acheté mon billet vers Lille, me propose de faire affaire avec Zerofootprint, de Toronto, qui soutient quatre initiatives au Canada, dont un centre de recyclage de pneus à Trois-Rivières. L’organisme est avare de détails : je sais seulement que le concept répond à une norme de certification ISO. J’hésite.

Je pourrais aussi choisir, comme l’ont fait les Cowboys Fringants pour leur tournée, le programme expérimental Carbone boréal, mis sur pied en septembre par le professeur Claude Villeneuve. Là, les fonds servent à reboiser des parcelles de forêt boréale à des fins de recherche sur la séquestration du CO2. Vaut-il mieux planter des arbres au Saguenay ou des éoliennes à Madagascar ? Impossible à dire sans connaître tous les détails et, de toute façon, les experts ne s’entendent pas. Mon choix sera forcément aléatoire…

Deuxième étape : évaluer ses émissions au moyen d’un calculateur en ligne. De Québec à Montréal, puis Paris aller-retour (11 500 km au total), mon voyage aurait représenté environ 1,3 tonne de CO2 selon Zerofootprint… mais 3,3 tonnes selon Carbonzero, l’organisme torontois choisi par Stéphane Dion et Elizabeth May ! La comptabilité a des ratés. Pour compliquer le tout, Planetair m’offre le choix de tenir compte ou non du fait que les GES émis à haute altitude sont deux fois plus dommageables pour l’atmosphère que ceux qui sont produits au ras du sol. Les autres n’en parlent pas. Au secours !

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