Pour devenir un « bon Québécois », il suffit parfois de « parler hockey » ! Dans certaines équipes mineures de Montréal, 70% des joueurs sont des enfants d'immigrants.
Mahriaa shot keeta goal !
Ces mots signifient « il lance et compte » en… pendjabi. Ils retentissent désormais, chaque samedi soir, dans l’appartement de Naamnivaas Singh, dans l’arrondissement de LaSalle, à Montréal. Grâce au réseau CBC, ce commerçant, fervent partisan des Canadiens, peut désormais suivre la populaire émission Hockey Night in Canada dans sa langue maternelle. La société d’État avait d’abord testé la formule au printemps dernier, en diffusant des matchs des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey dans son site Internet et sur quelques réseaux câblés. La réaction de la communauté pendjabie a été si favorable que la CBC a décidé de prolonger l’expérience pendant la saison. Au grand plaisir de Singh, sikh pratiquant d’une trentaine d’années, célibataire, qui perçoit le hockey comme un pont entre sa culture et celle de son pays d’accueil.
Suffirait-il de s’enthousiasmer pour la même équipe (le CH) pour devenir un « bon Québécois » — ou un « bon Canadien » ?
« Ce n’est pas la seule façon de s’intégrer, mais c’en est certainement une bonne », dit le bouillant animateur de radio Ron Fournier. À sa tribune téléphonique quotidienne Bonsoir les sportifs, sur les ondes de CKAC, il reçoit de plus en plus d’appels de « minorités audibles ». Qui commentent avec brio — et un fort accent créole, vietnamien ou russe — la dernière prestation des « Glorieux » ou la possibilité de ramener la coupe Stanley à Montréal. « À mon avis, ils s’intéressent au hockey pour les mêmes raisons que tous les autres auditeurs : pour pouvoir prendre part à la conversation sur le match au bureau, le lendemain, et avoir l’air plus intelligents. » Bref, pour faire partie de la bande. Peut-on vraiment douter de la fibre patriotique d’un immigrant qui connaît par cœur les statistiques d’Alex Kovalev ou de Saku Koivu ?
Arrivé au Québec il y a trois ans avec sa femme et leurs deux enfants, le Français Michel Perrot n’a pas mis de temps à se rendre compte que « le hockey est ancré dans le cœur des Québécois ». Chez lui, à Rock Forest, un quartier familial de Sherbrooke, le hockey sert de « moyen d’échange », dit-il. « Moi qui connaissais à peine le hockey, je joue souvent, sur le rond-point, avec mon fils de cinq ans et des voisins. » C’est d’ailleurs au hockey qu’il doit son tout premier ami québécois. « Notre voisin, un ardent partisan des Canadiens, m’a offert un soir de voir un match à la télé dans son salon. Il est depuis devenu le grand-papa québécois de nos enfants ! »
Aux États-Unis, de nombreuses études ont démontré la puissance des sports « locaux » comme moyens d’intégrer les immigrants à leur société d’accueil. Les amateurs de basketball et de baseball se sont toujours considérés d’abord comme américains avant de se dire italiens ou portugais, par exemple, selon Andrei Markovits, professeur de sciences politiques à l’Université du Michigan.






