Le reportage « La Bible, une histoire inventée ? » a heurté plusieurs lecteurs croyants. Pourtant, il est bon de faire une étude critique de la Bible, dit l'exégète québécois Marc Girard. Tout dépend comment...
Marc Girard est professeur d’exégèse biblique à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il est prêtre, membre de la Commission biblique pontificale et auteur de plusieurs ouvrages, dont Les symboles dans la Bible (Bellarmin et Cerf, 1992). Il est également membre de l’équipe de spécialistes qui préparent une nouvelle édition de la Bible de Jérusalem.
On sait que la Bible contient des textes de toutes sortes, entre autres des légendes. Quelle est donc la valeur de la Bible sur le plan historique ? A-t-elle tout faux ?
— Au départ, il faut dire que les auteurs bibliques étaient honnêtes, comme les auteurs d’aujourd’hui, mais ils procédaient différemment. Dans le prologue de son Évangile, Luc affirme qu’il a entrepris de composer un récit « d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires ». Il ajoute « s’être soigneusement informé de tout à partir des origines ». Luc n’est donc pas un premier témoin. À l’époque on procédait pas traditions orales, et ces traditions dans l’Antiquité étaient plus sûres que ce qu’on se transmet de bouche à oreille de nos jours. Mais il y avait quand même des aléas. L’auteur était honnête, mais il n’avait pas tous les moyens de faire une histoire documentée comme peuvent le faire mes collègues en histoire à l’université. Les auteurs bibliques n’ont pas forcément voulu faire de l’histoire.
Pouvez-vous donner des exemples à ce sujet ?
— Je prends, par exemple, le livre biblique de Jonas [qui fut avalé et recraché par une baleine]. Il est clair qu'il ne s'agit pas d'un récit historique ; aujourd’hui, ce texte correspondrait plutôt à un roman ou à un conte populaire. Prenons un autre exemple, plus contemporain : le Da Vinci Code de Dan Brown. Sur la couverture, c'est écrit « roman ». L'auteur manie des documents historiques à l’intérieur du genre littéraire qu'est le roman, qui permet beaucoup de liberté. Si les gens prennent ce qu'il écrit pour du cash, ils détournent l’intention de l'auteur. On peut faire la même chose avec la Bible. Le livre de Jonas est un roman ou un conte populaire qui date d’à peu près 300 ans av. J.-C. Même le nom de Jonas est symbolique. Yonah, en hébreux, veut dire « colombe », et la colombe est le symbole du peuple d’Israël. Ce qui est visé derrière la figure du prétendu prophète Jonas, c’est le peuple d’Israël, qui se défile par rapport à sa mission face aux autres nations. On trouve même des légendes humoristiques dans la Bible. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de monde pour croire que la femme de Loth a vraiment été changée en statue de sel. C’est une histoire fantaisiste, imaginée à partir de certains monolithes de sel qu’il y avait au bord de la mer Morte.






