Lancer une navette spatiale, créer un nouveau dessert, inventer le bouton à quatre trous. L’intelligence, c’est pratique, quand même. Mais comment ça fonctionne ?

En 1994, à la suite d'une controverse, 52 chercheurs canadiens, américains et britanniques publiaient dans le Wall Street Journal une déclaration concertée résumant les connaissances sur le sujet. La « Déclaration des 52 », comme on l'a baptisée, donnait de l'intelligence la définition suivante, encore considérée comme valable par la communauté scientifique.
« L'intelligence est une aptitude mentale très générale qui implique notamment l'habi-leté à raisonner, à planifier, à résoudre des problèmes, à penser abstraitement, à bien comprendre des idées complexes, à apprendre rapidement et à tirer profit de ses expériences. Elle ne se résume pas à l'apprentissage livresque, ni à une aptitude scolaire très circonscrite, ni aux habiletés spécifiquement liées à la réussite des tests mentaux. Au contraire, elle reflète cette habileté beaucoup plus étendue et profonde à comprendre son environnement — à saisir un problème, à donner un sens aux choses ou à imaginer des solutions pratiques. »
Y a-t-il plusieurs sortes d'intelligence ?
Depuis 100 ans, de nombreux chercheurs ont proposé diverses théories, selon lesquelles l'intelligence se diviserait en 2, 3, 15, 20 ou même 180 facettes ! La théorie des intelligences multiples, élaborée en 1983 par le psychologue américain Howard Gardner, en dénombre 8 ou 9, mais elle ne fait pas l'unanimité. « On peut certainement parler de talents différents, mais pas d'intelligences », dit Serge Larivée, professeur à l'École de psychoéducation de l'Université de Mont-réal et grand spécialiste de l'intelligence.
La majorité des chercheurs reconnaissent une seule forme d'intelligence, appelée facteur g (pour générale), qui se subdivise en deux facettes. L'intelligence fluide (facteur gf) regroupe les capacités de formuler des concepts, de raisonner, de comprendre les relations entre des objets ou des idées, bref, de résoudre des problèmes nouveaux et de s'adapter à des situations inédites. L'intelligence cristallisée (facteur gc) consiste en la faculté d'appren-dre, d'intégrer de nouvelles connaissances.
Une nouvelle facette de l'intelligence, dite émotionnelle, a fait une entrée remarquée dans l'imaginaire populaire il y a une trentaine d'années. Comprise comme l'aptitude à percevoir, à interpréter, à exprimer les émotions et à les utiliser dans le développement de la personne, l'intelligence émotionnelle a d'abord été boudée par les spécialistes. Mais depuis une dizaine d'années, elle fait l'objet de recherches sérieuses de plus en plus nombreuses. À suivre.
L'intelligence est-elle innée ou acquise ?
Les deux ! Certes, on n'a pas trouvé le ou les gènes de l'intelligence. Mais en étudiant des couples de jumeaux — identiques ou pas, élevés ensemble ou pas —, on a découvert que l'intelligence fluide serait principalement innée, alors que l'intelligence cristallisée serait influencée par l'éducation.


