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Le dopage de l'intellect



13 Février 2009

Les smart drugs éliminent la fatigue, favorisent la concentration et affinent la réflexion. Et ils font une belle carrière illégale !

Photo : iStockphoto

Certains l'appellent la vitamine «R». «R» pour Ritalin. Des gestionnaires en achètent par Internet pour boucler davantage de dossiers. Des camionneurs s'en servent pour allonger leur horaire de travail. Des étudiants en croquent ou en sniffent en période d'examens.

Ce médicament, de son vrai nom le chlorhydrate de méthylphénidate, est normalement destiné aux enfants — et de plus en plus aux adultes — qui souffrent du trouble de déficit de l'attention. Mais il fait aussi une belle carrière illégale. Tout comme l'Alertec, médicament prescrit contre la narcolepsie (tendance irrésistible au sommeil), et quelques autres. On les appelle les smart drugs ou amplificateurs cognitifs. On s'en sert pour éliminer la fatigue, favoriser la concentration, affiner la réflexion…

Très populaires, ces trucs-là ? Difficile de le savoir. Les quelques études effectuées aux États-Unis évaluent qu'entre 3 % et 7 % des étudiants à l'université en utiliseraient. Une seule étude a été menée au Canada, en 2002, et elle portait sur des élèves du secondaire. Selon son auteure, une chercheuse de l'Université Dalhousie, à Halifax, les taux d'utilisation au Canada seraient les mêmes qu'au sud de la frontière. On peut en déduire que le quart des étudiants universitaires qui prennent du Ritalin sur ordonnance en vendraient ou en donneraient à d'autres !

Le phénomène n'est pas nouveau — il y a 10 ans, l'Université McGill a été l'une des premières à sonner l'alarme —, mais il semble en voie d'entrer dans les mœurs.

« De nombreux jeunes adultes qui arrivent aujourd'hui à l'université ou sur le marché du travail ont grandi avec le Ritalin, observait récemment le magazine américain BusinessWeek . Et ils trouvent normal de puiser dans l'armoire à pharmacie pour se donner un coup de pouce en période de stress. »

Éric Racine, neuroéthicien à l'Institut de recherches cliniques de Montréal, a organisé des groupes de discussion sur le sujet, réunissant des professionnels de la santé, des étudiants de niveau universitaire et des parents. « Les professionnels de la santé étaient clairement contre, dit-il. Mais les étudiants et les parents étaient ambivalents. »

En décembre dernier, le site Internet de la prestigieuse revue britannique Nature publiait un éditorial dans lequel sept chercheurs de Grande-Bretagne et des États-Unis affirmaient que l'utilisation d'amplificateurs cognitifs ne posait pas de problèmes éthiques particuliers.

« Une bonne réglementation et des recherches adéquates permettraient à toute la société de profiter des possibilités de ces amplificateurs cognitifs », écrivaient les chercheurs, parmi lesquels figuraient Henry Greely, professeur de droit à l'Université Stanford, en Californie, et Martha Farah, neuroscientifique de l'Université de Pennsylvanie, qui font tous deux autorité dans leur domaine. « Pourquoi un raisonnement moral sur leur utilisation ? Certes, ils agissent sur le cerveau. Mais ce n'est pas une raison suffisante pour les interdire… » Leur argument : on interdit l'héroïne parce qu'elle est dangereuse, pas parce qu'elle agit sur le cerveau. Sinon, il faudrait aussi bannir le café.

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